Combattant de la Résistance, gaulliste discret et pleinement fidèle à la politique du Général, proche du défunt comte de Paris, René Hostache était un ami de notre journal et de notre mouvement.

Voici quelques années encore, à Paris ou à Aix-en-Provence, on ne remarquait guère dans nos réunions cet homme aux cheveux blancs et à l’allure juvénile qui prenait rarement la parole. Voix douce, légèrement accentuée, regard malicieux, sourire bienveillant, costume strict : René Hostache ressemblait à un aimable bourgeois du Cours Mirabeau – sur lequel il habitait.

Les nouveaux venus devaient s’étonner que ce provençal sympathique et discret soit accueilli et écouté avec un respect tout particulier. C’est que René Hostache était plus qu’un fidèle lecteur de Royaliste, plus qu’un sympathisant de notre mouvement. Il était de ceux qui nous relient à l’Histoire, qui veillent sur nous, qui ne cessent de nous encourager depuis le début de notre aventure et qui nous assurent, par leur présence, que nous ne dévions pas de notre chemin.

Engagé très jeune dans la Résistance, René Hostache avait participé à la lutte au sein de Combat. Constamment fidèle au général de Gaulle, il avait été élu député UDR en 1958. Proche du comte de Paris, il assurait avec plusieurs autres de nos futurs amis le lien intellectuel et politique entre le Prince et le Général. C’est dire l’extrême importance que nous attachions aux réflexions dont il nous faisait part, et aux ouvrages – trop rares – qu’il publiait.

Car René Hostache était devenu historien de la Résistance, et plus précisément un historien politique de la Résistance : ses travaux permettent de comprendre pourquoi le général de Gaulle est devenu le chef de toute la France combattante, le président du Gouvernement provisoire et le restaurateur de la République – autrement dit de l’Etat en tant que tel. Dans cette analyse, le concept de légitimité tient une place centrale : lorsque René Hostache fait l’histoire de la Libération dans son De Gaulle 1944, il la présente dans le sous-titre de l’ouvrage comme une « Victoire de la légitimité » (1). Comme Jacques Debû-Bridel, il voyait dans la décision du 27 mai 1943, par laquelle le CNR réclamait à l’unanimité que le gouvernement soit confié au général de Gaulle, l’analogue de celle du 1er juin 987 – date de l’élection d’Hugues Capet par les grands du royaume, eux aussi unanimes dans leur   reconnaissance des services rendus par la famille capétienne appelée à devenir la dynastie nationale.

Cette analyse est d’autant plus solide qu’elle s’appuie sur la thèse de Doctorat en droit soutenue par notre ami en 1956 et partiellement publiée deux ans plus tard (2). Ce travail, récompensé par trois prix de thèse attribués par la Faculté de Droit de Paris, la Fondation nationale des Sciences politiques et le CNRS, valut à René Hostache une lettre chaleureuse du général de Gaulle : « Je crois bien que tout y est. J’ajoute que c’est traité de la manière la plus objective. J’ajoute aussi que c’est traité de bonne manière. Ce sujet extrêmement difficile, vous l’avez traité comme il faut… » (3).

Lors du colloque organisé sous l’égide de l’Institut Charles de Gaulle en 1989, René Hostache avait repris la question du fondement politique de l’œuvre gaullienne dans une communication qui est pour nous une référence majeure. Etudiant « le général de Gaulle et la légitimité du pouvoir », notre ami concluait que « dans chacune de ces guerres franco-françaises où s’opposaient deux pouvoirs, c’est celui qui combattait pour l’indépendance nationale – Hugues Capet, Charles VII, Henri IV, la Convention, le général de Gaulle – qui l’a tôt ou tard emporté, disposant de la force morale de la légitimité » (4).

René Hostache s’est éteint le 9 juin. Nous ne cesserons d’honorer sa mémoire.

***

(1) René Hostache, De Gaulle 1944, Victoire de la légitimité, Plon, 1978, Collection Espoir.

(2) René Hostache, Le Conseil National de la Résistance, les institutions de la clandestinité, PUF, 1958.

(3) Le manuscrit de cette lettre est publié en fac-similé dans un autre ouvrage de René Hostache, Le Général de Gaulle, Jean Moulin et la création du CNR, Les Editions La Bruyère, 1989.

(4) cf. Institut Charles de Gaulle : De Gaulle en son siècle, tome 2, La République, Plon-La Documentation française, 1992.

 

Article publié dans le numéro 754 de « Royaliste – 10 juillet 2000