La privatisation d’EDF figure en bonne place parmi tous les points d’accord implicite entre chiraquiens et jospinistes. Elle est contraire aux principes fondamentaux de notre droit et se traduirait, comme ailleurs, par de graves pénuries.

Le processus destructeur a été engagé dès l’année dernière par les jospinistes, en toute discrétion : la Compagnie nationale du Rhône, qui était chargée au sein d’EDF de l’aménagement du Rhône (18 barrages, écluses…), s’est alliée avec Electrabel, une filiale du groupe Suez au sein d’une société privée intitulée Energie du Rhône.  L’entreprise publique n’a donc plus le monopole de la production et de la commercialisation en France.

Bien entendu, aucune décision spectaculaire ne sera prise avant la fin de la période électorale car l’oligarchie tient à ce que les citoyens votent, sur ce point comme sur tant d’autres, en toute méconnaissance de cause.

Ce qui n’empêche pas les éléments de pointe du blairisme à la française de faire campagne au sein du Parti socialiste : Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn se livrent devant leurs petits camarades à la surenchère, le premier réclamant « simplement » l’ouverture du capital d’EDF et de GDF, le second proposant que la participation de l’Etat soit inférieure à 50%.

C’est là un point secondaire puisque toute ouverture du capital d’une entreprise publique soumet celle-ci à la logique financière : elle permet de jouer au Monopoly industriel, en faisant le maximum de coups susceptibles de plaire aux actionnaires.

Les gros spéculateurs feront peut-être de l’argent. Mais les consommateurs y trouveront-ils avantage ?

Non ! La baisse des prix par la concurrence est au mieux un avantage provisoire et au pire une illusion. En Grande Bretagne, la déréglementation a entraîné dans un premier temps la baisse du prix de l’eau et de l’électricité, qui a été suivie d’une remontée. L’ouverture du marché des télécommunications en France s’est traduite par d’énormes arnaques (1). La privatisation d’EDF se traduira à terme par des hausses de prix pour les particuliers et par des pénuries d’approvisionnement comme on l’a vu en Californie mais aussi en Espagne.

A gauche, on continue de reconnaître volontiers que la politique de monopole permettait de faire bénéficier à l’ensemble des habitants du pays des gains de productivité obtenu par le développement industriel d’une entreprise qui pouvait compter sur le dévouement d’un personnel associant à juste titre EDF et l’intérêt collectif.

Mais les jospiniens et les chiraquiens veulent détruire ce modèle au nom de la « modernité » et invoquent une directive bruxelloise… qui résulte de leurs propres décisions au sein du Conseil européen. Or cette décision viole le principe fondamental qui est inscrit dans le Préambule de 1946 qui implique la nationalisation de « tout bien, toute entreprise qui a ou acquiert les caractère d’un service public national ou d’une monopole de fait ». Les prochaines élections permettent de faire échec au parti des liquidateurs.

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Article publié dans le numéro 788 de « Royaliste » – 10 février 2002