Les agents d’EDF-GDF ont explicitement dit non à la réforme des retraites et refusé implicitement la privatisation. C’est une bonne nouvelle pour les usagers attachés aux principes et aux avantages du service public.

Invités à se prononcer sur la réforme des retraites à EDF et GDF plus de 53% des salariés ont répondu par la négative le jeudi 10 janvier. C’est un désaveu pour les syndicats de salariés (CFDT, CFTC CFE-CGC) et pour les organisations patronales (Union française de l’électricité, Union nationale des employeurs des industries gazières) qui avaient signé le « relevé de conclusions » favorable à la réforme des retraites. Le résultat de la consultation plonge également la CGT dans un embarras sur lequel nous reviendrons.

L’essentiel, au lendemain du vote, c’est de souligner que la bataille est loin d’être gagnée. Le refus exprimé le 10 janvier dérange les plans du gouvernement et des syndicats qui collaborent avec lui. Mais il n’arrête pas le processus de la réforme et de la privatisation.

Oubliant que la France est une République « démocratique et sociale », Jean-Pierre Raffarin et Francis Mer ont très vite décidé de ne pas tenir compte du vote des salariés. Le premier ministre n’y a vu qu’un « débat » qui « n’entame en rien la détermination du gouvernement ». Et la CFDT s’est empressée de déclarer, tout comme les organisations patronales précitées, que la réforme devait être mise en œuvre.

Il est vrai que le gouvernement a pour lui la légalité, puisque trois syndicats ont signé l’accord. Mais il engage de ce fait une épreuve de force contre des salariés qui ont pour eux la légitimité : le vote majoritaire, qui conforte les principes de notre droit politique et de notre droit social.

Comme il est d’usage dans l’oligarchie, le gouvernement et ses groupes de soutien s’engagent dans le conflit avec un mélange d’arrogance, d’hypocrisie et de violence qui pourraient bien exaspérer les agents du service public et les citoyens qui veulent continuer à se chauffer et à s’éclairer dans les mêmes conditions et à des tarifs modérés.

L’hypocrisie c’est d’affirmer, comme le président de l’UFE sur LCI le 10 janvier, que l’ouverture du capital n’est pas contraire au service public alors que l’expérience montre que la folle logique financière le détruit radicalement.

L’arrogance c’est de déclarer, comme naguère Alain Juppé, que les salariés hostiles aux projets gouvernementaux et patronaux n’ont rien compris alors que les opposants à la réforme ont déposé leur bulletin en toute connaissance de cause : ils ne veulent pas que MM. Raffarin et Mer continuent à dilapider le patrimoine industriel de la nation, à la suite de MM. Jospin, Strauss-Kahn et Fabius.

La violence, c’est de dire que les décisions prises seront appliquées malgré la volonté des salariés (qui ont bâti EDF-GDF) dans un esprit de « dialogue » qui est conçu pour faire accepter par lassitude ce que le personnel vient de refuser. Nul ne sera dupe de ces grossières manipulations.

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Article publié dans le numéro 808 de « Royaliste » – 20 janvier 2003