A nouveau associés, un professeur d’économie et un journaliste dévoilent avec une ironie cruelle les contes bleus pour éléphants roses de la « nouvelle » économie de marché.

Labarde et Maris (1), c’est comme le thé chez les Anglais : il y a toujours une bonne raison d’en prendre une tasse, pour se remonter ou pour se détendre, parce qu’on ne comprend rien ou parce qu’on craint d’avoir trop compris. Il est même conseillé de s’abreuver régulièrement du liquide doux-amer, qui agit comme contre-poison aux billevesées, charlataneries et autres croyances abracadabrantesques si largement répandues.

La « nouvelle économie » vous fait rêver ? Alors lisez Labarde et Maris. Vous découvrirez que l’Internet est « la vieille et éternelle histoire du collectif gratuit récupéré par le marché pour être privatisé et vendu ». Un marché dominé par quelques firmes, qui emploient une main d’œuvre servile.

Vous êtes séduits par le projet gouvernemental d’épargne salariale ? Lisez donc Labarde et Maris. Ils nous rappellent judicieusement que Robert Maxwell, en 1991, avait volé 4 milliards du fonds de pension de sa propre maison, avec la complicité de toutes les compagnies d’assurances. La plupart des retraités ainsi spoliés courent toujours après leurs sous.

Vous voulez placer vos économies à la Bourse ? De grâce, lisez Labarde et Maris, qui vous expliqueront que le petit actionnaire est destiné à être plumé comme volaille en Bresse.

Vous croyez à la démocratie des actionnaires, au gouvernement d’entreprise, et vous voudriez passer vos vacances en compagnie du « baron » Ernest-Antoine Seillière et de Denis Kessler  grâce à vos tas de stock-options ? Lisez tout simplement l’introduction du Labarde et Maris qui citent le raisonnement parfaitement antidémocratique du professeur Hoppe. Mais comme vous ne lâcherez pas le livre, vous parviendrez vite à la page 128 où vous trouverez cette analyse lumineuse et parfaitement exacte du mécanisme du nouveau esprit entrepreneurial : « (…) L’entreprise est un système hiérarchique. Un chef, des vassaux, des serfs. Pour la rémunération, le principe est la prédation. Le partage après le butin. Le chef se sert, puis les vassaux, puis les serfs. Le magnifique système des stock-options est parfaitement féodal. C’est un intéressement au pillage et à la prédation. »

Le texte de Labarde et Maris fonctionne comme une arme de haute précision. Indispensable pour la chasse (2) au Seillière, au Messier, au Minc, au Fabius et autres éléphants roses. On peut aussi s’en servir pour le petit gibier – le Douste-Blazy par exemple.

***

(1) Philippe Labarde, Bernard Maris, La Bourse ou la vie, la grande manipulation des petits actionnaires, Albin Michel, 2000.

(2) Chasse métaphorique, bien évidemment.

 

Article publié dans le numéro 746 de « Royaliste » – 2 octobre 2000