Georges-Hubert de Radkowski est mort le 20 juillet dernier. La science perd un excellent chercheur et notre journal un de ses plus fidèles amis.

C’est à l’occasion de la publication des « Jeux du désir » que nous l’avions rencontré. Présenté par René Girard dans « Le Monde », le thème de sa réflexion nous avait séduit et la lecture du livre avait confirmé notre première impression ; un entretien fut décidé, et accepté par l’auteur. Au fil de la conversation qui avait suivi, une amitié s’était nouée, qui ne s’est jamais démentie.

Très vite, M. de Radkowski, professeur d’anthropologie à l’Université de Paris, était devenu Georges-Hubert. Sa réflexion critique sur les concepts fondamentaux de l’économie, son analyse de la place et du sens de la technique, sa mise en cause du concept de Progrès, nous passionnaient. Notre démarche politique avait suscité chez Georges-Hubert de l’intérêt, puis de la sympathie. Il avait pris l’habitude de venir aux Mercredis de la NAR. Nous nous retrouvions aussi aux séminaires du CREA autour de Jean-Pierre Dupuy et Paul Dumouchel et il ne manquait jamais les conférences parisiennes de René Girard.

Lors des débats que nous organisions, Georges-Hubert intervenait souvent, avec une rigueur souriante, de sa voix parfois hésitante, marquée d’un bel accent polonais. Comme François Fejtö se dit «Français de Hongrie », Georges-Hubert était un Français de Varsovie, héros de l’insurrection de sa ville contre les nazis, puis contraint à l’exil par le régime communiste. C’est dire avec quelle passion Georges-Hubert a vécu le mouvement de Solidarnosc, qu’il soutenait activement…

Peu après la publication des « Jeux du désir », Georges-Hubert avait entrepris un travail fondamental sur la question de la valeur. Tout ceux à qui il a été donné de lire le manuscrit du premier tome de son ouvrage ont pu constater et saluer l’exceptionnelle qualité d’une recherche appelée à bouleverser les données de la science économique. Rebutés par l’austérité de la réflexion, inattentifs à son évidente portée, nombre d’éditeurs avaient fait la fine bouche. Georges-Hubert en avait souffert jusqu’à ce que le livre soit retenu par les Presses Universitaires de Grenoble, grâce à François Denoël.

De cette publication tant attendue nous avions longuement parlé, à la clinique où il était soigné, peu de jours avant sa mort. Malgré la maladie qui épuisait son corps, Georges-Hubert avait conservé toute sa gaieté. Nous avions ri des difficultés passées, parlé du lancement de l’ouvrage et de ses travaux à venir. Comme Maurice Clavel, Georges-Hubert de Radkowski est mort sans avoir terminé son œuvre. Mais que sa femme Angèle, toujours associée aux engagements passionnés de son mari, sache que nous n’oublierons pas celui qui fut pour nous un guide très sûr et un ami particulièrement cher à notre cœur.

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Article publié dans le numéro 476 de « Royaliste » – 16 septembre 1987