Geneviève de Gaulle est morte le 14 février, à Paris.

Au Conseil Economique et Social, je trouvais normal d’avoir pour collègue la nièce du général de Gaulle, et tout naturel que la présidente d’ATD-Quart Monde poursuive au sein de cette assemblée la tâche entreprise par le père Joseph Wresinski.

Geneviève de Gaulle était rescapée de Ravensbrück, et se dévouait aux prisonniers de l’enfer social aux côtés du père Joseph. Pourtant, nous avions des relations presque familières avec ces amis qui n’avaient rien de remarquable – sinon que leur Eglise pourrait en faire des saints.

De Geneviève de Gaulle je n’ai rien à dire car nous vivions encore à une époque où il était habituel de travailler, de rire, de déjeuner avec des femmes et des hommes qui avaient fait l’histoire, avec un immense courage, pour nous permettre de vivre dans la liberté et dans la paix.

Les hommages à celles et ceux qui nous quittent se font chaque année plus nombreux et il va nous falloir apprendre à vivre dans un monde où l’héroïsme (au meilleur sens du terme) ne sera plus la norme, où le plein engagement des êtres ne sera plus naturel.

Ce monde va bientôt manquer de la présence, du regard, de l’expérience presque indicible de celles et ceux qui ont vu et su comment l’homme pouvait, avec son prochain, sauver en lui l’humanité. La plupart des enfants de la Résistance et de la Déportation ont gardé le silence. A ceux-ci, aux rescapés qui nous font la grâce de demeurer parmi nous, la question de la transmission de ce qui transcende le récit historique se pose désormais.

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Article publié dans le numéro 789 de « Royaliste » – 4 mars 2002