Partisans du roi et d’une Révolution qu’ils voulaient terminer, monarchiens et triumvirs ont connu un échec qui était porteur d’avenir.

Longtemps, l’attention accordée aux vainqueurs provisoires de la Révolution française a réduit les autres acteurs de la période au rôle d’éléments négatifs d’un mouvement dialectique dont le sens ultime était clair. Une histoire libérée des préjugés militants et des reconstitutions idéologiques permet aujourd’hui d’étudier sans passion les principes et les tentatives de ceux qui ont voulu, après avoir fait la Révolution, l’inscrire dans des institutions solides pour mieux en fixer le terme.

Les monarchiens (Mounier, Malouet, Lally-Tollendal) figurent parmi ces modérés, ainsi que les Triumvirs (Lameth, Barnave, Duport) qui animent le club des Feuillants. Ils veulent à la fois le roi et la Révolution, dans un pacte renouvelé qui garantirait la liberté des citoyens, l’équilibre des pouvoirs et une autorité royale qu’ils estiment nécessaire. Ce monarchisme ne doit rien à la nostalgie ni, malgré les dires de leurs adversaires, à la courtisanerie. « N’oublions jamais que nous aimons la monarchie pour la France, et non la France pour la monarchie » écrivait Mounier…

Tour à tour, ils défendront le veto royal, le régime représentatif fondé sur le bicaméralisme, puis, après Varennes, le principe monarchique lui-même. Le colloque (1) qui a été consacré à ces théoriciens de la monarchie limitée, et notamment à Mounier et à Barnave, montre l’intelligence de leurs analyses et de leurs propositions qui demeurent d’une actualité frappante : le bicaméralisme a prévalu depuis la Constitution de la 3è République, le régime d’Assemblée a fait la preuve de ses méfaits et les prérogatives du chef de l’Etat ont été clairement établies en 1958.

Cette actualité des monarchistes de la Révolution française aurait gagné à être plus systématiquement étudiée. Ce léger regret n’enlève rien à la qualité des contributions des historiens réunis à Vizille – celles de Robert H. Griffiths (1) et de William Doyle sur Mounier, de Pasquale Pasquino sur la théorie de la « balance du législatif », de Robert Chagny et de Patrice Gueniffey sur Barnave, de Ran Halévi sur l’échec des Feuillants, sans oublier l’introduction de François Furet. Une mention toute particulière doit être faite de l’étude de Mona Ozouf sur « Barnave et la Reine » à partir de la correspondance par laquelle l’homme qui a sauvé Louis XVI après Varennes presse désespérément la Reine de comprendre et de changer…

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(1) Terminer la Révolution, Sous la direction de François Furet et de Mona Ozouf. P.U.G. 1990.

(2) du même auteur : Le Centre perdu, Malouet et tes monarchiens, P.U.G. 1988.

Article publié dans le numéro 555 de « Royaliste » – 25 mars 1991.