Dans l’affaire Méry, il faut défendre la fonction présidentielle contre tous qui veulent la détruire, moins pour embarrasser Jacques Chirac que par haine de l’Etat.

La publication de la confession posthume de Jean-Claude Méry n’est pas une nouvelle surprenante. C’est tout au plus la confirmation de financements occultes et de pratiques frauduleuses qui étaient des secrets de polichinelle il y a vingt ans et qui constituent une bonne part de l’actualité judiciaire depuis une dizaine d’année. Et les « révélations » d’un intermédiaire douteux sont d’autant moins bouleversantes que les sales histoires de la Mairie de Paris alimentent régulièrement la campagne menée contre le président de la République par Le Monde, Libération et les Verts – autrement dit par la mouvance libérale-libertaire – rejoints par ce malfaisant patenté qui se nomme Philippe de Villiers.

Dans cette affaire, nous n’avons évidemment pas pour souci de défendre Jacques Chirac, qui porte la responsabilité politique de la guerre du Kosovo et du référendum du 24 septembre : deux désastres qui méritent une sanction politique, démocratiquement exprimée. Mais nous appelons les républicains, royalistes ou non, à s’opposer à la tentative méthodique de déstabilisation de la présidence que nous avons déjà analysée et dénoncée l’an dernier (1). Chaque fois qu’une affaire douteuse concernant la mairie de Paris est évoquée, les éditorialistes des journaux susnommés font pression pour le chef de l’Etat soit entendu par un juge.

Cette obstination est imbécile puisque l’irresponsabilité du président de la République est inscrite à l’article 68 de la Constitution, puisque le Conseil Constitutionnel a confirmé le 22 janvier 1999 que « pendant la durée de ses fonctions, sa responsabilité pénale ne peut être mise en cause que devant la Haute Cour de justice » au terme d’une procédure parlementaire qui ne sera certainement pas engagée. Cette irresponsabilité pénale est à la fois conforme au principe de la séparation des pouvoirs et à la raison politique : il serait absurde et dangereux que le chef de l’Etat, qui doit être en mesure de déclencher à tout instant le feu nucléaire, soit placé en garde à vue pour un éventuel délit commis avant son entrée en fonction !

Mais l’acharnement de MM. Colombani, July et consorts est dangereux car, dans cette campagne méthodique, chaque attaque sape l’autorité présidentielle et rabaisse la fonction du chef de l’Etat : de droite ou de gauche, le successeur de Jacques Chirac, qui vivra lui aussi sous la menace de semblables campagnes de dénigrement, sera profondément affaibli.

C’est la fonction politique qu’on veut détruire. Ne laissons pas faire un quarteron de justiciers autoproclamés.

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(1) Cf. dans Royaliste n° 726, l’article de B. La Richardais : « Pour la Constitution gaullienne ».

 

Article publié dans le numéro 756 de « Royaliste » – 2 octobre 2000