Spécialiste de l’Union soviétique, André Kamev a longtemps résidé ou voyagé dans les Républiques d’Asie centrale. L’ouvrage que ce philologue de formation consacre au Turkménistan (1) est le premier publié en Europe de l’Ouest.

Deux vers de Magtymguly (1733-1796), poète fondateur de la littérature nationale situe ce pays lointain aux contours qui sont pour nous mal définis : « Entre l’Amou-Daria et la Caspienne,/ Sur la steppe souffle le vent des Turkmènes ». Aujourd’hui, le Turkménistan, dont le principal port est en face de Bakou, a des frontières avec l’Iran, le Kazakhstan, l’Ouzbékistan et l’Afghanistan.

Avant de devenir un Etat unifié, ce pays aux trois quarts désertique s’est trouvé dès l’origine sur les grandes routes de l’histoire parcourues par les grands conquérants et les marchands. Un coup d’œil sur une carte montre que le territoire des Turkmènes ou Turcomans (et de bien d’autres peuples) était fort bien placé sur la route de la soie – aujourd’hui devenue, à partir de l’Afghanistan, route de la drogue.

Mais les tribus qui vivaient sur son sol ne pouvaient empêcher qu’il soit envahi, conquis et colonisé par une longue succession de rois et d’empereurs : il y eut les Perses, les Grecs avec Alexandre le Grand et les Sassanides après lui, les Arabes, la lente pénétration turque, les terribles ravages commis par les Mongols de Gengis Khan, puis Tamerlan et les Timourides, l’éphémère empire de Nadir Shah, les Russes sous les couleurs tsaristes puis soviétiques.

Cette énumération incomplète laisse deviner le magnifique héritage culturel accumulé au fil des siècles. C’est sur le futur territoire turkmène que se trouvent les plus anciennes traces de la religion zoroastrienne, qui survit dans la fête printanière de Nowruz comme en Azerbaïdjan ; l’antique cité-oasis de « Merv, la mazdéenne » accueillit des Grecs, des rabbins, des chrétiens nestoriens ; les Arabes firent prévaloir la religion musulmane – violemment combattue par les Soviétiques au siècle dernier. André Kamev expose avec une élégante érudition ces richesses trop longtemps cachées, présente et traduit les merveilleux poètes qui, du Moyen Age à nos jours, vécurent sur cette terre.

L’effondrement de l’Union soviétique a permis l’indépendance du Turkménistan. Cette toute jeune nation reste bien placée sur les routes qui relient la Chine à l’Occident. Mais l’évolution autocratique du président Niyazow ne favorise pas l’ouverture du pays (alors que les descriptions nombreuses et précises d’André Kamev invitent au voyage) et le régime policier maintient le peuple turkmène dans un carcan dont il lui faudra un jour se libérer.

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(1) André Kamev, Le Turkménistan, Karthala, 2005.

Article publié dans le numéro 871 de « Royaliste » – 2005.