La France, pauvre France, est un pays perdu. Son économie va mal, son territoire est envahi par les étrangers, sa culture est en miettes, son génie disparaît. Aliénée, dépouillée, conquise, la France n’est plus que l’ombre d’elle-même…

Qui n’a entendu chanter, sur tous les tons, le grand air de la décadence ? Et pourtant, Claude Simon vient de recevoir le prix Nobel de littérature, et c’est le dixième Français à l’obtenir. Vous ne le lirez jamais ? Là n’est pas la question. On ne lisait pas plus Descartes ou Proust « au temps de notre splendeur ». Claude Simon témoigne de la vitalité de notre littérature. Et Fernand Braudel, qui vient de mourir, manifeste l’exceptionnelle qualité de notre école historique. Et Vladimir Jankélévitch, lui aussi récemment disparu, de l’ampleur de notre réflexion philosophique.

Il faudrait parler aussi des peintres, des musiciens, des scientifiques. Notre culture, nos artistes, nos savants… Pour lutter contre le mythe de la décadence, faut-il devenir chauvin ? Mais Jankélévitch venait de Russie, Kundera est Tchèque de naissance, Tahar Ben Jelloun vit à Paris. Immigrés, exilés, hôtes d’une année ou d’une vie, ils ont choisi notre pays et notre langue. C’est dire, simplement, que la France est vivante.

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Article publié dans le numéro 439 de « Royaliste » – 18 décembre 1985