La campagne contre la fonction présidentielle bat son plein. Elle est intelligemment menée par des hommes déterminés, efficaces et sans scrupules.

Nous ne doutons pas qu’elle continuera après l’élection présidentielle, produisant alors de nouveaux ravages qui s’ajouteront aux désastreuses conséquences du quinquennat.

Les gaullistes et les royalistes ne sont pas désarmés face à ce danger. Ils peuvent, dans des batailles électorales qui se joueront à peu de voix, contribuer à la défaite des ennemis de la Vème République. Ils doivent, sans attendre, ruiner leurs arguments et dénoncer leurs procédés qui s’inscrivent dans une stratégie en deux temps : discréditer le chef de l’Etat, miner sa fonction.

Pour s’en convaincre, il faut évoquer les opérations de déstabilisation du président de la République menées conjointement par le député socialiste Montebourg et par la direction du Monde. Fondée sur des accusations de malhonnêteté, une première manœuvre avait pour but de faire entendre Jacques Chirac par un juge d’instruction. Contraire au principe de séparation des pouvoirs, l’affaire a piteusement échoué sans décourager les manœuvriers. Battus sur le terrain pénal, ils ont attaqué sur le terrain parlementaire en réclamant la mise en accusation du chef de l’Etat devant la Haute Cour.

Cette seconde manœuvre est également vouée à l’échec, car Lionel Jospin déclare la désavouer.  Elle n’en continue pas moins sous forme de diffamations et à partir d’une affirmation mensongère : on dit qu’il faut en finir avec l’« immunité » du président de la République alors que le Conseil Constitutionnel a expliqué que, selon la Constitution, le président ne jouit d’aucune immunité mais seulement d’un privilège de procédure (quant à sa mise en accusation) et de juridiction. Jacques Chirac ne peut être jugé devant un tribunal pénal, mais seulement par la Haute Cour – « qu’il s’agisse, précise le Conseil, des actes commis dans l’exercice des fonctions et qualifiables de haute trahison ; [ou] des actes détachables des fonctions commis pendant son mandat ou, s’ils ne sont pas prescrits, antérieurement à celui-ci ». Le chef de l’Etat n’est donc pas exonéré de sa responsabilité pénale, comme une propagande insidieuse voudrait nous le faire croire.

Il importe peu aux maîtres-moralistes que leur campagne repose sur l’intimidation médiatique et sur le mensonge puisqu’elle est efficace. Preuve en est la proposition de loi constitutionnelle déposée par Jean-Marc Ayrault et par François Hollande, qui tend à réformer le statut juridique du chef de l’Etat après 2002, afin qu’il puisse être jugé devant un tribunal pénal. Quant à la responsabilité du président, la proposition est sans intérêt puisque celui-ci peut être déjà mis dans l’obligation de répondre de tous ses actes. Quant aux principes, l’adoption de cette réforme permettrait l’intervention du juge pénal dans le champ politique et serait par conséquent contraire à la séparation des pouvoirs.

Dès lors, pourquoi cette initiative ?

On nous explique que Lionel Jospin cherche à arrêter l’opération Montebourg. Ce motif est dérisoire. Le Premier ministre est le chef de la majorité parlementaire : s’il ne peut ramener à la raison un simple député, c’est qu’il manque cruellement d’autorité. Surtout, il paraît absurde de chercher à neutraliser une opération vouée à l’échec par une réforme constitutionnelle qui marquerait le triomphe de MM. Montebourg, Colombani et Plenel. Mais nous avons compris que Lionel Jospin a choisi une fois de plus l’hypocrisie, qui consiste à se couvrir à droite (en s’opposant officiellement à la pétition signée par trente députés socialistes) et à surenchérir par une promesse de réforme qui a les faveurs de la gauche et des centristes.

N’oublions pas, en effet, que toutes les attaques menées contre la Constitution s’inscrivent dans un projet idéologique précis et explicite. On veut détruire l’œuvre du général de Gaulle au nom de la « gouvernance », prétexte à la résignation, et selon la fiction séduisante et redoutable d’un « président-citoyen » : homme simplement humain, le chef de l’Etat est, à la différence du simple citoyen, l’arbitre et le recours suprême de la nation et, comme chef des Armées, maître du feu nucléaire, celui qui est chargé de protéger, aux heures tragiques, l’ensemble de ceux qui vivent sur son territoire. Il est criminel de détruire sa fonction éminemment politique.

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Editorial du numéro 774 de « Royaliste » – 11 juin 2001