Il y a huit mois, les idéologues ultralibéraux et les experts accrédités multipliaient les déclarations triomphalistes. Niais de sérail ou arrivistes patentés, ils portent tous leur part de responsabilité dans la catastrophe qui est en train de se produire.

Pour marquer cette rentrée d’une note joyeusement polémique, je voulais répondre à la revue Commentaire qui m’épingle sur une petite phrase soigneusement tirée de son contexte afin de prouver que Royaliste est le journal de la ringardise économique. Les amis que nous comptons dans cette revue ne doivent pas être fiers de ce procédé, utilisé par quelqu’un qui ignore manifestement nos travaux de fond (publiés dans Cité) et nos références.

Passons sur cet affront minuscule pour dénoncer un fait infiniment plus grave : celui d’un pays passé sous la coupe d’illusionnistes professionnels et d’experts bassement intéressés qui, brandissant leurs titres d’économistes, ont répandu sur notre pays des tombereaux de bêtises. Un exemple, entre mille : le numéro 22 (février 2001) du mensuel Le Monde des Débats/Le Nouvel Observateur qui annonçait sur sa première page : « Economie : l’horreur est finie ». Suivait un imposant dossier de neuf pages consacrées à la glorification du marché mondialisé. En voici quelques extraits qui ne sont pas tirés de leur contexte :

Relisons Sophie Gherardi : « Pour la France – mais aussi pour l’Allemagne et l’Italie -, il est avéré qu’en cessant de prendre des mesures qui aggravent les tendances récessives, on donnait plus de chances à l’économie de se développer (sic). La fin de l’horreur économique, c’est aussi la fin d’une certaine impuissance politique ». Nous attendons le commentaire de cette éminente journaliste du Monde sur la baisse du taux de croissance dans la zone euro.

Relisons Jean Pisani-Ferry, présenté comme inspirateur du Premier ministre : « pour la première fois depuis très longtemps en France a été organisé un compromis social où l’expansion de l’économie va de pair avec un partage équilibré des fruits de la croissance entre salaires et profit, dans un sens favorable à l’emploi ». Propos démenti par toutes les analyses sur le partage salaires/profits et par l’augmentation statistique du chômage, malgré tous les bricolages dont les chiffres sont l’objet (1).

Relisons Dominique Vallet, secrétaire général de la Société d’économie politique, qui affirmait que « l’Europe a vocation, comme les Etats-Unis, à voir sa croissance dopée par les nouvelles technologies » selon la vision fantasmatique d’une « nouvelle économie » dont le caractère « révolutionnaire » était doctement expliqué par Daniel Cohen (de l’ENS) et Michèle Debonneuil (Commissaire général au Plan) tandis que Philippe Aghion, professeur à Harvard, et Cecelia Garcia-Penalosa, professeur d’économie à Aix-Marseille, soutenaient que l’économie américaine est « en mesure d’éviter que les turbulences boursières provoquent une forte récession ».

La « nouvelle économie » était une fiction, le Wall Street journal reconnaissait en juillet que l’économie américaine était en récession, les marchés financiers sont en chute libre, le Japon est dans une situation désastreuse, l’Argentine et la Turquie sont au bord du chaos. Nous sommes, comme nous ne cessons de le dire depuis des années, dans une crise systémique qui est en voie d’accélération à cause de l’absurdité des politiques qui sont menées, notamment dans le domaine monétaire.

Il ne s’agit pas d’entonner le grand air du « je vous l’avais bien dit ». Mais de supplier les experts patentés de marquer une pause dans la production et la vente de mauvaise copie afin de réfléchir aux moyens de rectifier les erreurs et les fautes commises. Car une crise qui se développe, c’est encore plus de cette horreur économique dont les milieux dirigeants proclamaient la fin.

***

(1) les Actes du colloque « Statistique publique, évaluation et démocratie » tenu au ministère de l’Emploi le 21 mars 2001.

 

Article publié dans le numéro 777 de « Royaliste » – 17 septembre 2001