II/ Fonctionnement du climato-scepticisme.

Je me posais la question : comment ce doute scientifique s’est-il transformé chez certains en climato-scepticisme ? Une analyse, dont je partage les éléments, a été réalisée à partir d’un exemple simple, dans le blog « Le réveilleur » (https://lereveilleur.com) que je vais reproduire ici en grande partie. Il montre cette évolution sur un cas précis, issu d’une conférence de Vincent Courtillot.

Une critique importante et fondée au départ s’est appuyée sur un phénomène curieux : le réchauffement de la planète s’est interrompu pendant presque 4 décennies (1940-1970) et la température de la planète s’est même légèrement refroidie. Pourquoi ce refroidissement entre 1940 et 1970 ? À partir de ce paradoxe, et avec raison, le Professeur Vincent Courtillot a posé la question de la pertinence des hypothèses du GIEC, et présenté la contre-hypothèse que, contrairement au discours de ce dernier, il n’y avait pas un réchauffement constant dû à l’accumulation de GES dans l’atmosphère, mais une série de cycles naturels, produit de nombreux facteurs, dont en particulier le cycle décennal du soleil. Ce qui rendait caduque l’idée d’une responsabilité humaine (https://www.youtube.com/watch?v=WZb-y_N4ZwY). Bien sûr, personne (et certainement pas des chercheurs comme V. Courtillot ou Claude Allègre) ne met en cause l’existence d’une augmentation constante du CO2 d’origine anthropique dans l’atmosphère, mais V. Courtillot en tirait la conclusion que celui-ci ne jouait qu’un rôle marginal dans le réchauffement. Cette observation et cette critique étaient tout à fait pertinentes.

Le GIEC s’est alors emparé de ces remarques pour essayer d’en comprendre les causes. Et il en a proposé une analyse très convaincante, qui est la suivante. Après la guerre, l’économie du monde s’est remise en marche, et l’industrialisation a pris une ampleur nouvelle. Les questions de pollution sont devenues bien plus urgentes que le souci d’un éventuel réchauffement climatique, qui d’ailleurs semblait marquer le pas. Elles sont apparues peu à peu comme néfastes pour la santé humaine. Les fameux smogs récurrents sur la ville de Londres en étaient une démonstration claire. De la même manière, les pluies acides qui ravageaient les forêts scandinaves montraient que ces pollutions présentaient de graves problèmes. L’alarme a été sonnée (par les scientifiques !) pour attirer l’attention sur ces pollutions, dues pour l’essentiel aux émanations de particules, en particulier de produits sulfurés, dans l’atmosphère, provenant en grande partie des centrales à charbon et des fumées industrielles. On peut trouver dans le rapport du GIEC une figure qui montre sans conteste le développement inouï de l’utilisation de charbon et de pétrole durant cette période (elle est visible également sur le blog https://lereveilleur.com ).

Ce n’est qu’à partir de 1970 que de gros efforts de dépollution ont été consentis dans l’ensemble du monde industrialisé. Et cet effort a permis une réduction considérable des émanations : c’est ainsi, par exemple, que les pluies acides ont cessé après les années 70.

Or ces particules, ces aérosols sulfurés, avaient comme conséquence climatique de limiter le rayonnement solaire. Ils ont donc un effet contraire à celui du CO2, et cet effet durant toute cette période a contrebalancé le réchauffement qui aurait dû se produire avec les émissions de GES. Il s’est même produit un léger refroidissement, résultante du réchauffement par les GES et du refroidissement par les particules polluantes.

L’explication était donnée, et les chiffres de la pollution introduits dans les modèles du GIEC, qui se sont trouvés confirmés et enrichis. C’est là typiquement l’apport de chercheurs essayant, comme c’est leur devoir, de « réfuter » une hypothèse. Tout aurait pu (dû) s’arrêter là, et la critique aurait dû se diriger vers d’autres anomalies, celle-ci étant résolue. C’est là que rentre en scène le climato-scepticisme. Au lieu d’accepter les résultats, M. Courtillot a accusé les bases de données d’être mensongères, et s’est attaché à réaliser ses propres modèles, et présenter sa propre courbe d’évolution de la température. On peut parfaitement le comprendre, rien de plus normal si l’on a des raisons de douter des données. Mais au lieu de comparer ce qui est comparable, c’est-à-dire la courbe de température du GIEC à la sienne, il a comparé deux courbes différentes. En effet il n’a pas calculé les températures moyennes, indice calculé par le GIEC, mais les températures MINIMALES moyennes.

En s’appuyant sur cette comparaison, ou plutôt sur cette impossible comparaison, M. Courtillot déclare que le GIEC ment, puisque la courbe des valeurs minimales ne montre pas l’augmentation progressive de température qui est visible sur celle des températures moyennes après les années 1970. Il conclut alors qu’il n’y a pas de tendance au réchauffement, mais des sauts brusques, inexplicables par l’augmentation continue des GES.

La mauvaise foi est patente : pourquoi choisir délibérément un indicateur différent de ceux du GIEC, alors qu’il aurait pu fournir celui des températures moyennes ? Tout simplement parce que cet indicateur contredit la courbe du GIEC. Ce qui est normal, puisque les deux considèrent des valeurs différentes, aux dynamiques indépendantes. Cela peut paraître bizarre aux yeux du lecteur peu informé sur les données climatologiques, mais ces deux indicateurs sont en partie indépendants : tout le monde sait (même si les causes sont « plus compliquées que ça »), que paradoxalement, à température moyenne égale, les nuits (températures minimales) sont plus fraîches quand il fait beau (pas de couverture nuageuse), donc quand les journées sont chaudes (températures maximales), que lorsque le ciel est couvert, donc avec des journées fraîches. Ce choix montre bien qu’à ce moment le chercheur est passé d’une critique des données, bienvenue, à un refus d’admettre des dynamiques qui ne pouvaient être expliquées par ses propres hypothèses. On est sorti de la science pour entrer dans la polémique. Dès lors, et c’est extrêmement regrettable, le discours climato-sceptique ne peut plus être reçu, et devient non seulement inutile, mais néfaste, puisqu’il retarde d’autant, au niveau des lecteurs, la conclusion qu’il est important d’agir.

François GERLOTTO

(à suivre).