Les médias annonçaient que François Hollande ferait des déclarations importantes lors de son déplacement à Châlons-en-Champagne le 31 août. Motif : l’inquiétude des Français, que le président de la République cherche à apaiser. L’intention est louable mais le discours largement retransmis est resté sans effet.

Ce constat est étranger à toute polémique. Le président de la République n’a rien dit qui puisse susciter un espoir, même ténu. Puisque François Hollande persévère dans l’attentisme, il faut répéter sans relâche la vérité que l’Elysée et Matignon ne veulent pas connaître ou reconnaître. « Mon devoir, c’est de dire la vérité aux Français ». Tel est bien le devoir du président de la République en des heures cruciales. Mais ce n’est pas la peine de souligner cette haute exigence pour retomber immédiatement dans la banalité : « Nous sommes devant une crise d’une gravité exceptionnelle, une crise longue qui dure depuis maintenant plus de quatre ans et aucune des grandes puissances économiques, même les émergentes, n’est désormais épargnée ». Comme si les Français ne le savaient pas ! Ce qu’il aurait fallu nous dire, depuis Châlons-en-Champagne, c’est la vérité de la crise – la vérité sur les causes de la crise et sur ses enchaînements.

Cette question de méthode est capitale puisque toute erreur sur les causes implique des décisions inappropriées et fâcheuses. Exemple : s’il s’avère que le déficit budgétaire n’est pas la cause de la crise qui frappe la zone euro, il est inutile de signer un pacte qui a l’équilibre budgétaire pour seul objectif. Or François Hollande a sous les yeux toutes les notes et tous les rapports qui prouvent que la zone euro reposait sur un pari qui n’a pas été tenu – la convergence des économies nationales – et que l’obsession de « l’euro fort » a livré la France aux ravages du système ultra-concurrentiel. François Hollande ne peut ignorer la note publiée le 7 juin par Jacques Sapir (1) qui démontre que c’est la crise de compétitivité qui a provoqué la crise de solvabilité dont souffrent plusieurs pays de la zone euro. François Hollande ne peut ignorer cette autre note par laquelle le même économiste démontrait que la mutualisation des dettes au sein de la zone euro, dont on espère tant, est une solution d’autant plus fausse qu’elle est déjà à l’œuvre – avec pour seuls effets la récession économique et la misère sociale.

Les conseillers du président de la République rétorqueront sans doute que tous les économistes ne partagent pas les analyses de Jacques Sapir. Certes. Mais si Jacques Sapir et bien d’autres économistes se trompent, le devoir de vérité commande de nous dire en quoi et pourquoi.

Il faut nous expliquer comment le budget sera mis en équilibre sans provoquer la récession économique, sans aggraver le chômage, sans réduire la protection sociale – toutes conséquences que des socialistes ne sauraient accepter.

Il faut nous expliquer comment les économies des pays membres de la zone euro vont converger malgré des structures démographiques et industrielles fort différentes, après avoir divergé pendant dix ans. Ceci en nous faisant grâce de la solution miraculeuse du « saut fédéral » qui demanderait la rédaction d’un nouveau traité organisant en quelques mois un système fédéral que l’Europe de l’Ouest a été incapable de se donner en un demi-siècle.

Il faut nous expliquer comment la mutualisation des dettes va réussir alors que les 424 milliards d’euros mutualisés depuis 2010 n’ont pas pu rétablir la situation budgétaire de la Grèce, n’ont pas pu empêcher la restructuration de la dette grecque, n’ont pas pu éviter la contagion de la crise qui frappe maintenant le Portugal, l’Espagne, l’Italie…

Si toutes ces explications sont données, si la pertinence des solutions avancées est établie, s’il est enfin démontré que les réponses à cette crise d’une « gravité exceptionnelle » peuvent s’étaler sur cinq ans, alors nous prendrons notre mal en patience, nous regarderons comme des hors-d’œuvre les « emplois d’avenir » et la banque publique d’investissements et nous ferons confiance au président de la République qui annonce que les décisions seront prises « dans un calendrier ordonné, en respectant les rythmes du Parlement et le dialogue social ».

Nous espérons que le devoir de vérité sera complètement rempli avant que la crise ne vienne bousculer le calendrier élyséen, les rythmes parlementaires et un dialogue social mué en violente confrontation

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(1) Note du Centre d’études des modes d’industrialisation – Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales. Juin 2012.