A quoi bon ces quarante huit heures que j’ai passées à Strasbourg, les 3 et 4 avril ? Je voulais d’abord manifester mon hostilité à l’OTAN en tant que telle – et pas seulement au « retour complet » dans le commandement militaire intégré. A vrai dire, je n’ai pas pu rejoindre le gros des manifestants, obligés de défiler à plusieurs kilomètres du centre, dans une ville privée de transports en commun et où les taxis étaient invisibles.

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Ma longue marche, en compagnie d’un excellent guide, m’a cependant permis d’être dans une des zones d’affrontements – légers – entre les anarchistes allemands et les CRS. Chemin faisant, je me suis fait quelques remarques qui me paraissent significatives :

Pendant deux jours, Strasbourg fut à strictement parler une ville morte. Université fermée, boutiques closes, circulation presque inexistante, passants rares, restaurants et cafés fermés ou déserts, à quelques exceptions près, rondes incessantes des véhicules et des canots de la police. On se serait cru dans une ville assiégée, attendant d’une minute à l’autre l’assaut de l’ennemi.

Bien entendu, ces mesures d’exception n’étaient que l’expression de l’inquiétude des divers responsables de la sécurité, qui ne voulaient pas prendre le moindre risque. Reste cette impression, fondée, d’un sommet international tenu dans la peur de la foule et dans la crainte des paisibles habitants de la ville. Quant à l’opinion publique française, les comptes sont vite faits : une minorité active de militants hostiles à l’OTAN, une majorité silencieuse, indifférente à l’événement ou exaspérée par les mesures de sécurité. Mais pas le moindre partisan visible des Etats-Unis et de l’OTAN !

Cette absence de réactions positives, qui contraste durement avec les sondages sur notre obamania, ne s’explique pas par les mesures de sécurité. Les risques d’attentat étaient aussi sérieux à Prague qu’à Strasbourg. Et pourtant, le 5 mars, le président des Etats-Unis s’est directement adressé à une foule enthousiaste de 30 000 personnes sur l’une des places de la capitale tchèque. En France, pas le moindre drapeau américain aux fenêtres et à ma connaissance pas de réunion, même modeste, des amis de Barack Obama et des partisans du retour complet dans l’OTAN.

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Les experts des sondages feront dire à leurs chiffres ce qu’ils voudront, mais c’est dans la rue que s’exprime un jour ou l’autre la vérité des passions, des sentiments et des rapports de force. Pour beaucoup de Français, l’OTAN est signe de mort : des soldats français sont morts en Afghanistan sous commandement américain et d’autres risquent de mourir dans une guerre perdue par la faute des stratèges américains. Nicolas Sarkozy a envoyé des hommes au combat sans même chercher une redéfinition des objectifs militaires et il se contente d’acquiescer aux décisions du président des Etats-Unis qui cherche à sortir de ce guêpier. Le supposé président assure qu’il n’enverra pas de nouvelles troupes en Afghanistan ? Cette belle manifestation d’autonomie va s’accompagner de l’envoi de 150 gendarmes français qui risqueront leur vie comme leurs camarades des autres armes ! Cela parce que Barack Obama souhaite disposer de nouvelles troupes de supplétifs, qui tenteront de sauver ce qui peut l’être en attendant que les diplomates américains négocient avec les puissances voisines.

L’OTAN a pu être regardée comme une organisation défensive par certaines nations européennes à l’époque de la guerre froide. Cette organisation, qui aurait dû disparaître en même temps que le pacte de Varsovie, évoque la mort violente pour les populations de Serbie et du Monténégro, bombardées en 1999, pour une grande partie du peuple afghan, pour nous-mêmes.

Lorsque la France renouera avec sa politique traditionnelle d’indépendance, elle ne se contentera pas de se retirer des opérations de police internationale menées par les Américains : il lui faudra détruire cette machine de mort.

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N.B. Toutes les raisons de mon hostilité à l’OTAN sont exposées dans la déclaration publiée par le Comité directeur de la Nouvelle Action royaliste (« Royaliste », n° 943, 9-22 mars 2009, consultable sur le site : http://www.narinfo.fr.st/