Grâce à sa diffusion sur Marianne2, la chronique que j’ai consacrée à l’idée de confédération républicaine (9 août) a un large écho. Je devrais m’en réjouir. Ce n’est pas le cas. J’appelais à une discussion approfondie sur les éléments de programme présentés par Jacques Sapir car il n’y aura pas de rassemblement solide sans accord préalable sur un projet politique commun. C’est à partir de ce projet qu’il sera possible de se définir face aux oligarques de droite et de gauche, à l’extrême gauche et au Front national. Je souhaitais donc que la discussion s’engage sur le protectionnisme européen, sur la monnaie, sur les nationalisations, sur les conditions du développement économique et du progrès social.

Or de nombreux lecteurs n’ont voulu voir que l’aspect stratégique de mon analyse et m’ont prêté des intentions polémiques, comme si je voulais avant tout faire obstacle au Front national, tel que va bientôt l’incarner Marine Le Pen. D’où une charretée de propos insultants et diffamatoires déversée sur mon blog et sur le site de Marianne2 par des militants du Front national et divers extrémistes de droite. J’ai publié deux ou trois échantillons de ces diatribes qui permettent de prendre une exacte mesure de la haine qui circule dans ces milieux où l’on ne prend pas le temps de lire les articles de l’adversaire. Ce n’est pas nouveau pour moi. En 1997, j’avais écrit tout un livre (1) à l’intention des électeurs et des militants du Front national : j’y critiquais l’idéologie et le programme de leur parti du point de vue de la tradition française, de manière à ouvrir un débat que les dirigeants et les militants du Front national ont refusé. Lorsque le programme de Marine Le Pen sera connu, je ferai à nouveau part de mon point de vue dont je ne veux pas préjuger. Ceci dans l’espoir d’une réplique argumentée.

Aujourd’hui, nous avons à définir le principal enjeu politique de la période historique que nous sommes en train de vivre :

Acceptons-nous le darwinisme social et l’expulsion des groupes étrangers ou d’origine étrangère réputés dangereux ou inapte par nature à l’intégration ? En ce cas nous entrons dans une logique ethnicisante dont l’aboutissement sera sanglant. L’exemple tout proche de la Yougoslavie devrait nous rappeler qu’il est impossible de contrôler les conflits ethniques que l’on a sciemment provoqués. L’UMP et le Front national jouent, ensemble, avec le feu.

Mais le pire ne se produira pas. Malgré les efforts de Nicolas Sarkozy et de Brice Hortefeux, la grande majorité des Français n’entrera pas dans le jeu des xénophobes et des racistes. Selon sa tradition plus que séculaire, la société française est mobilisée par une lutte de classes qui s’intensifie depuis le mouvement de 1995. Preuve : quand les Français descendent dans la rue par centaines de milliers, ce n’est pas pour exiger le durcissement des mesures xénophobes mais pour dénoncer l’ultralibéralisme et les fondés de pouvoir du capitalisme financier.

C’est ce que nous allons à nouveau vérifier le 7 septembre prochain. La meilleure réplique à l’incitation à la guerre ethnique, c’est de réaffirmer, massivement, que les Français sont essentiellement menacés par ceux qui soumettent leur patrie à la concurrence déréglée, aux marchés financiers et aux agences de notations.

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Cf. Une tragédie française – Le Front national contre la nation, Editions Ramsay, 1997.