Triomphalisme à Londres, lors de la publication des accords passés entre les Vingt. Echo médiatique enthousiaste au soir du sommet et le lendemain. Comment résister à cette immense vague d’optimisme ?

On peut se réfugier avec l’ultragauche dans une des utopies qui ont fait la preuve de leur inanité au siècle passé. On peut aussi faire siennes les propositions généreuses des altermondialistes qui voudraient fonder une « société civile planétaire » en lutte avec la « gouvernance » supranationale ? C’est exactement ce que souhaitent les prétendus régulateurs du marché mondialisé : contre des opposants en désaccord profond et faiblement organisés, ils auront toujours le dernier mot – prononcé dans des palais et résidences transformés en bunkers le temps d’une brève rencontre.

Le plus simple serait de suivre la pente médiatique et de se contenter de ce qui a été décidé à Londres : plus de 1 000 milliards pour le FMI, des banques asiatiques et africaines de développement, ce n’est pas si mal. Et comment ne pas se réjouir de la déclaration concernant la lutte contre les paradis fiscaux et le contrôle des fonds spéculatifs ? Encore faut-il vérifier les critères d’attribution des sommes allouées au FMI et l’efficacité des mesures dites de régulation…

Mais au surlendemain du sommet de Londres, il paraît déjà que le G 20 aboutira à un échec que nul ne peut souhaiter mais qui est probable. Pourquoi ?

Il y a erreur de diagnostic : le président des Etats-Unis et les principaux dirigeants de l’Union européenne ne veulent pas voir que le système ultralibéral est moribond : ce n’est pas en lui injectant de masses considérable d’argent et en dénonçant des dévoiements importants mais secondaire (les paradis fiscaux) qu’on pourra le faire revivre.

C’est le libre échange qui est la cause principale de la crise mondiale et elle continuera tant qu’on n’aura pas mis fin à cette pratique mortelle. Or les dirigeants ont unanimement déclaré qu’il ne fallait pas céder à la tentation protectionniste : la concurrence va donc continuer à provoquer des faillites et des délocalisations.

Il est certain, par ailleurs, que les mesures prises pour sauver les banques (création d’une banque poubelle pour les titres pourris) sera un échec –déjà expliqué et annoncé par Paul Krugman, prix Nobel d’économie. Il faudrait nationaliser les banques pour les rationaliser : nettoyage des comptes, retour des sommes placées dans le paradis fiscaux, interdiction de la spéculation, baisse des frais imposés à la clientèle, alignement des salaires et des retraites des dirigeants sur ceux de la fonction publique… Le G 20 a au contraire choisi de sauver le capitalisme financier –sans vouloir comprendre que, si cet objectif était atteint, les banquiers recommenceraient à prendre des risques insensés.

Il faudrait bien entendu augmenter massivement les salaires et les retraites, rembourser les dettes des particuliers, étendre la protection sociale comme le demande James Galbraith dans un article remarquable (voir rubrique Références) afin de soutenir la demande de biens et de services.

Il est enfin urgent de mettre au point la réforme du système monétaire international mais les membres du G 20 n’ont pas abordé ce sujet crucial…

On perd du temps alors que la crise continue à se propager très rapidement et à frapper très durement les peuples. Les salariés devront donc descendre dans la rue pour exiger un changement radical de politique économique et sociale. Les Français étaient dans la rue par millions en janvier et en février. Les Italiens ont organisé une énorme manifestation à Rome le 4 avril. Nous serons à nouveau dans la rue le 1er Mai.

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