L’attitude de Jean-Pierre Chevènement pendant la guerre du Golfe a eu des conséquences catastrophiques sur son courant. Bref constat suivi de regrets.

L’ancien ministre de la Défense s’est trompé, ce qui peut arriver à tout homme politique. Il s’est trompé sur le règlement pacifique de la crise du Golfe, en négligeant le fait que Saddam Hussein n’a pas et n’a jamais voulu négocier. Il s’est trompé sur le coût humain de la guerre, qu’il estimait désastreux pour les coalisés. Et un proche avenir montrera qu’il s’est trompé sur l’ampleur et sur la durée du ressentiment de certaines opinions arabes à l’égard de la France, et sur les perspectives d’une diplomatie qui a « choisi le mouvement » comme l’annonçait notre collaborateur Yves La Marck il y a quelques semaines. Cela fait beaucoup d’erreurs, qu’il n’était pas déshonorant de reconnaître. Jean-Pierre Chevènement préfère s’obstiner dans ses analyses et ajoute à ses erreurs politiques celle, tactique, de ne pas savoir tourner la page. Question de caractère assurément ; mais aussi conviction qu’il est possible de refonder une gauche qui serait composée de socialistes « durs » et d’anciens communistes : c’est du moins ce qu’assure Michel Charzat, animateur non-chevènementiste de Socialisme et République. Si telle est bien l’intention de l’ancien ministre de la Défense, son pari est des plus risqués puisqu’il est en train de sacrifier son courant, qui avait jusqu’à la guerre du Golfe une forte cohérence intellectuelle et politique, à la très hypothétique constitution d’une nouvelle tendance. En effet, Jean-Pierre Chevènement a laissé désavouer les représentants de Socialisme et République au bureau exécutif du P.S. par ses fidèles et la réunion de ce courant le 19 mars s’est terminée par un constat de désaccord puisque les chevènementistes ont renoncé à toute solidarité interne jusqu’au mois de juin – et sans doute jusqu’aux calendes grecques. Ce n’est pas sans regrets que nous constatons cette fracture interne et la très probable disparition de ce courant. Très éloignés du républicanisme jacobin de son principal inspirateur, nous avions apprécié la volonté d’indépendance nationale constamment manifestée par le CERES, ses orientations économiques et sa critique du choix de la « rigueur » effectué en 1983. Mais l’éclatement d’un courant n’implique pas nécessairement la disparition de ses idées.

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Article publié dans le numéro 556 de « Royaliste » – 8 avril 1991