Riche d’analyses impitoyables, lourde de révélations appuyées sur des faits irrécusables, l’enquête de Pierre Péan et Philippe Cohen (1) établit de mille et une manière que la réputation des trois maîtres du Monde était en tous point usurpée. 

Lorsque nous dénoncions dans notre dernier numéro l’exploitation infâme, par Le Monde, du suicide d’un jeune homme atteint au plus profond de son être par un drame familial, nous ne savions pas que les trois maîtres du journal allaient enfin payer d’un seul coup leurs malhonnêtetés morales et intellectuelles, leurs tripatoullages financiers leurs magouilles politiciennes.

Frappés parmi tant d’autres d’une excommunication majeure qui nous avait été signifiée en 1988 par le petit télégraphiste du groupe, déjà influent, qui allait prendre le pouvoir nos tribunes et communiqués n’étaient pas publiés, nos noms et organisations n’étaient quasiment plus cités. Cet interdit était strictement respecté (à trois ou quatre exceptions près avant 1994), et nous faisions l’effet de tirailleurs irréguliers, flinguant de toutes nos escopettes les hautes murailles du journal devenu « institution ». Nos balles de papier n’atteignaient pas leurs cibles, mais le fait de tirailler était mal vu. Des amis, éditeurs, journalistes, nous prévenaient : Jean-Marie Colombani ne pardonne jamais une insolence, vous en reprenez pour dix ans !  Nous considérions comme un honneur la reconduction tacite du décret d’exclusion.

Bien entendu, nous avions pris soin de distinguer à la manière corse Le Monde – Canal historique et Le Monde – Canal Colombani. Le Canal historique est formé par l’ensemble des rédacteurs fidèles à l’exemple de Hubert Beuve-Méry, Jacques Fauvet, André Fontaine et André Laurens, les quatre premiers directeurs du journal qui demeurent des exemples de rigueur professionnelle, d’intégrité personnelle et de souci du bien public.

Hélas, trois voyous en col blanc s’emparèrent du journal en 1994 dans des conditions que Pierre Péan et Philippe Cohen expliquent en détail. Leur dictature, pesante pour les rédacteurs qui n’ont pas fait acte d’allégeance, s’étendait à une partie de la presse parisienne et régionale et à une partie de l’édition. Le pouvoir légal était renforcé par des réseaux très diversifiés (intellectuels, services secrets) et par des pratiques inavouables que Pierre Péan et Philippe Cohen dévoilent à partir de documents irrécusables.

Tous deux ont fait leur travail de journalistes.

Nous continuerons quant à nous notre travail politique.

Face à l’offensive qui vient de se déclencher, Jean-Marie Colombani a déclaré qu’il faudrait que chacun choisisse son camp. Nous apporterons notre modeste contribution à la défaite de MM. Colombani, Plenel et Minc, dans l’espoir de voir renaître un Monde fidèle à l’esprit de ses premiers directeurs.

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(1) Pierre Péan, Philippe Cohen, La face cachée du Monde, Mille et une nuits, 2003.

 

Article publié dans le numéro 811 de « Royaliste » – 3 mars 2003