Malgré une intense émotion collective, le discours du Front national n’a pas changé et ses voix ont continué de progresser.

Après l’expression d’un immense mouvement de solidarité avec la communauté juive, qui avait suivi la profanation des tombes de Carpentras, il était permis d’espérer un changement du climat dans le pays, une transformation des attitudes de la classe politique et une disqualification spontanée des thèmes à résonnance antisémite.

Tel n’est pas le cas. Après les manifestations, les examens de conscience et les serments, la vie politique a repris comme s’il ne s’était rien passé et le Front national, rendu un moment silencieux par l’ampleur de la protestation, a repris ses thèmes et sa progression. Sans revenir sur l’échec de la table ronde consacrée à l’immigration et sur les concessions scandaleuses et inutiles faites par le Premier ministre (1), trois faits inquiétants méritent d’être soulignés :

– Moins d’un mois après Carpentras, M. Le Pen s’est étendu, dans un discours public, sur le fait que l’acteur Roger Hanin s’appelle Lévy-Hanin. Chacun sait qu’une information de ce genre n’est jamais innocente puisqu’elle prétend établir que « les juifs sont partout ».

– Moins d’un mois après Carpentras, M. Gaudin a cru bon de dénoncer l’influence pernicieuse de certains journalistes en désignant quatre d’entre eux qui portent des noms à consonnance juive. Par une étrange coïncidence, le Front national exploite depuis plusieurs années le même thème, et a pris pour cible les mêmes personnes en insistant lourdement sur les noms.

– Moins d’un mois après Carpentras, il faut constater que le Front national n’a pas souffert de la réprobation dont il a été l’objet. Au premier tour de l’élection cantonale partielle de Villeurbanne-sud, le candidat du Front national a obtenu plus de 27% des voix, et devancé de 10% le candidat soutenu par les formations de la droite classique. Certes, le taux d’abstention a été considérable ; mais le résultat du F.N., obtenu dans un climat particulièrement défavorable, donne un commencement de réalité à sa stratégie : être la première force d’opposition face à la gauche.

Nous en sommes là. Et le pire est devant nous.

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(1) éditorial du numéro 519

Article publié dans le numéro 540 de « Royaliste » – 25 juin 1990