Il n’y a pas de campagne électorale sans belles promesses et ce qui va se déverser sur nos têtes accablées tient en deux discours concurrents. L’un, élyséen, assure qu’on a déjà fait beaucoup et qu’on fera encore mieux la prochaine fois. L’autre, oppositionnel, affirme que les “problèmes” seront pris à bras-le-corps, parce que l’autorité sera partout de retour – ou parce que “le peuple” aura pris le pouvoir, par la droite ou par la gauche.

Oui, en vérité ils nous le disent, le délabrement de l’hôpital public, la grande misère de l’institution judiciaire, le chômage, la pauvreté, l’insécurité et bien entendu l’immigration trouveront des “solutions” aussi rapides que définitives. Mais comme on nous parlera, tout au long de la campagne, de la nécessité de rembourser la dette publique, de tenir serré le budget et de maintenir un “haut degré de compétitivité” afin que le territoire reste ou redevienne “attractif”, il est certain que les “problèmes” et leurs “solutions” resteront en l’état.

Les élites expliquent leur propre impuissance par des formules qui font alterner la dure nécessité et la fatalité toujours cruelle : “faiblesse des marges de manœuvres”, “engagements européens”, aléas conjoncturels et crises sur le Marché mondialisé permettent de faire passer les pilules purgatives et les potions amères. La langue de bois des oligarques et de leurs experts n’est pas seulement faite pour communiquer des sédatifs. Il s’agit d’éviter que soit portée sur la place publique la pièce maîtresse du dispositif et qu’elle y soit publiquement démontée.

Il s’agit bien entendu de l’euro. Exclue du débat national dès avant sa mise en place, la prétendue “monnaie unique” avait été critiquée par Marine Le Pen, par Nicolas Dupont-Aignan et par certains militants de la gauche dite radicale jusqu’en 2017 puis ce thème fut abandonné par les animateurs des différentes tendances populistes. Faute d’arguments ? Certainement pas. L’euro a été analysé, sa malfaisance a été démontrée dans de solides ouvrages et les scénarios de sortie de l’euro ont été et demeurent en discussion dans des cercles accessibles aux conseillers des candidats (1).

Ce sont les sacro-saints sondages qui ont incité les fiers croisés de la nation en péril et les rudes défenseurs du peuple opprimé à faire comme si le carcan monétaire n’existait pas. Marine Le Pen trouve plus rentable de taper sur les immigrés, sans dire qu’elle ne pourra rien faire si elle est élue. Jean-Luc Mélenchon trouve plus rentable de draguer les indigénistes et autres marginaux de l’extrême gauche, en essayant d’oublier que 2022, c’est pour lui l’élection de trop.

Entre les candidats du bloc oligarchique et les populistes, il y a donc un point commun : l’aveuglement volontaire sur les effets catastrophiques de l’euro. Mais les oligarques s’en accommodent ou y trouvent des avantages tandis que Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon font preuve de lâcheté. L’électorat populaire est quant à lui floué puisque les candidats populistes évitent de viser le point central du système de contraintes qui pèse sur lui. Comme il n’y a pas de débat public, il est facile d’affirmer que les Français sont favorables à l’euro et d’agiter la menace d’une sortie chaotique et ruineuse pour calmer ceux qui auraient des doutes.

Pour toutes ces raisons, la question de l’euro ne sera certainement pas évoquée pendant la campagne présidentielle. Mais la critique radicale de la “monnaie unique” chemine dans le souterrain et le débat continue sur les moyens de sortir de ce piège. Hostiles à l’euro dès sa conception, nous participons à ce travail et nous devons sans relâche expliquer en quoi cette monnaie est désastreuse.

L’euro est plus qu’une monnaie et moins qu’un mode de gouvernement : c’est une technique de “gouvernance” très opaque dans son administration quotidienne par le réseau des Banques centrales et les technocrates des différentes directions du Trésor des principaux pays concernés ; c’est surtout un système de contraintes budgétaires inscrit dans les traités.

L’euro s’accompagne de la libre circulation des capitaux qui donne une totale liberté d’action aux puissances financières alors que les salariés sont soumis à la logique anti-sociale du système : dès lors qu’il n’est plus possible de dévaluer la monnaie pour soutenir les producteurs nationaux et freiner les importations, les entrepreneurs cherchent à comprimer au maximum les salaires et font pression pour réduire la protection sociale.

Le taux de change de l’euro avantage l’Allemagne, qui bénéfice d’un considérable excédent commercial, et ne cesse de creuser le déficit de notre commerce extérieur, d’aggraver la désindustrialisation et d’accroître le déficit budgétaire en raison des subventions accordées aux entreprises et des “chèques” versés pour compenser l’insupportable faiblesse des salaires.

Il faut détruire l’euro. Telle est la condition nécessaire, mais non suffisante, de la reconstruction de notre pays.

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(1) Nos lecteurs connaissent les ouvrages de Jacques Sapir, de Frédéric Farah, de Coralie Delaume. Ils peuvent aussi regarder sur YouTube les émissions récentes de République souveraine et de Blast.

Editorial du numéro 1222 de « Royaliste » – 6 décembre 2021