En termes de pouvoir d’achat, le franc symbolique n’est rien. Dans l’ordre politique, le pouvoir symbolique est « tout » : tout ce qui est nécessaire pour produire des effets concrets et positifs pour la situation d’un pays et pour le fonctionnement de ses institutions.

 

On dit que la science commence par l’étonnement. Ce n’est manifestement pas le cas dans les grands quotidiens nationaux : l’étonnement existe, mais on évite de chercher à savoir ce qui le provoque quand on devine que certaines certitudes pourraient être mises en péril. L’exemple des élections législatives en Bulgarie est significatif à cet égard.

Décidés à ignorer jusqu’aux derniers jours avant la consultation la progression du Mouvement national Siméon II, les principaux chroniqueurs (même le scrupuleux Bernard Guetta sur France Inter !) ont traité la victoire du roi par l’ironie cinglante et à coup d’anecdotes malveillantes – , pressés qu’ils étaient de retrouver des sujets plus faciles à mettre aux normes courantes.

Faute de pouvoir relever toutes les erreurs de nos confrères, je me borne à démentir deux « informations » fondées sur de vagues rumeurs :

Le roi de Bulgarie n’exige pas qu’on l’appelle « Votre Majesté » puisque, à la suite d’un accord préalable, c’est un « Monsieur de Saxe-Cobourg-Gotha » qui a été reçu par le président de la République en exercice.

Le prince héritier parle couramment le bulgare, alors que des journalistes parisiens ont affirmé, sans faire la moindre vérification à Sofia ou à Paris, que le prince Cyrille ne parlait pas la langue de son pays.

Cela dit, passons au choses sérieuses. Nous avons souvent beaucoup de mal à faire comprendre rapidement que le pouvoir politique est par définition symbolique, car ce mot évoque le fameux « franc symbolique », petite pièce précieuse pour l’honneur d’un plaignant, mais sans grand pouvoir d’achat. Or quelques événements survenus en Bulgarie dans la dernière semaine de juin mettent en évidence les conséquences concrètes et immédiates de celui que les beaux esprits parisiens regardent comme un roi d’opérette, pour le ranger plus facilement parmi les figures pittoresques du monde balkanique.

Premier effet concret : le gouvernement turc a décidé de supprimer les visas pour les citoyens bulgares se rendant en Turquie. Cette mesure n’avait pas été prise après la chute du régime communisme : ce sont manifestement les excellentes relations que le Roi entretient avec les bulgares turcophones qui l’ont inspirée.

Deuxième effet concret : tout en se prononçant résolument en faveur de la République, le Parti Socialiste Bulgare (PSB) souhaite que la législation bulgare sur le statut des citoyens soit harmonisée avec celle de l’Union européenne. Cette position de principe est importante car elle marque, chez les anciens communistes, une réelle volonté de penser et d’agir dans le cadre de la grande Europe. Mais le PSB veut aussi signifier qu’il ne s’opposera pas à une éventuelle élimination de la clause interdisait au roi de se présenter à l’élection présidentielle de décembre prochain sous le motif que Siméon II n’a pas résidé dans son pays au cours des cinq dernières années. Au vu des tendances électorales exprimées lors des élections législatives, le roi Siméon II pourrait donc, s’il choisissait de se présenter, être élu président de la République bulgare. A l’heure où nous écrivons, aucun élément ne permet de déceler les intentions du roi de Bulgarie. Mais le fait est que la déclaration du PSB lui donne de nouvelles cartes, dans un jeu déjà très riche.

Troisième effet concret : le vainqueur des élections du 17 juin a exercé son autorité avant même de disposer du moindre pouvoir. Cette autorité s’est exercé sur la majorité parlementaire, qui a adopté des règles strictes de discipline : élection d’un président de groupe, respect de la ligne fixée par le roi, interdiction pour tout député de participer à une société de droit privé. On dit que le programme du roi est « flou », mais on aimerait que sa fermeté soit imitée dans notre pays par les responsables politiques de tous les camps – surtout dans le domaine de la lutte contre la corruption des élus.

De manière beaucoup moins visible, Siméon II a préparé le terrain de l’action gouvernementale par de nombreux contacts diplomatiques, rendus urgents par les affrontements entre les maquisards de l’UCK et les troupes du gouvernement macédonien. Echanges de vue avec l’ambassadeur de la République fédérale yougoslave, contacts diplomatiques avec la Russie… Manifestement, le roi de Bulgarie met à profit sa grande notoriété internationale (Siméon II est connu et respecté, voire admiré, dans le milieu diplomatique) pour redonner la place qui revient à la nation bulgare dans l’ensemble continental et pour que les nouvelles autorités puissent immédiatement agir pour le rétablissement de la paix dans le sud-est européen.

Telle qu’elle se présente au roi, la situation intérieure et extérieure de la Bulgarie n’a rien d’idyllique. Au contraire. Et ce n’est pas un conte de fées que nous voulons raconter à nos lecteurs. Mais qu’on cesse de regarder les Bulgares, hommes d’Etat ou simples citoyens, comme des personnages du folklore balkanique.

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RESULTATS ELECTORAUX

Etablis par la Commission électorale centrale, les résultats définitifs des législatives du 17 juin sont les suivants :
Taux de participation : 67% .

Nombre des suffrages exprimés : 4 568 119.
Suffrages obtenus par les principaux partis ayant franchi le seuil d’éligibilité de 4% :  MNS II – 1 951 859 (42,73%); FDU – 830 059 (18,17%); Coalition pour la Bulgarie – 783 107 (17,14%); MDL- 340 510 (7,45%).

 

Article publié dans le numéro 776 de « Royaliste – 2 juillet 2001