Quand la mythique Brigitte Bardot prend la défense des animaux, qui oserait lui jeter la pierre ?

C’était peu avant Noël, au journal de 13 heures, sur Antenne 2. Pour égayer l’actualité, le sympathique William Leymergie nous avait réservé un sujet exceptionnel : un entretien avec Brigitte Bardot, réalisé à son domicile parisien – ce qui est rarissime – et tout entier consacré au sort des chiens perdus, chats errants et autres misérables bêtes abandonnées par des humains sans scrupules.

L’actrice se lança dans une diatribe d’autant plus vigoureuse que des images émouvantes venaient illustrer ses propos : regards douloureux d’un chien dans sa cage, promis à une mort rapide faute d’adoption, sinistres mises en fourrière au petit matin … Heureusement, il y avait un brave homme, gardien d’asile pour chiens et chats, qui annonça fièrement qu’il préparait pour Noël « du poulet et du canard » pour les pauvres délaissés.

Sans prendre garde au fait que poulets et canards doivent aussi être protégés, Brigitte enchaîna sur l’injustice faite aux animaux (sujets de droits comme chacun sait), sur les conditions misérables de leur accueil dans les centres d’hébergement, sur l’indifférence des pouvoirs publics (ni le président de la République ni le Premier ministre n’ont répondu à sa demande de modification du code rural), sur la méchanceté des hommes.

En l’écoutant, on ne pouvait s’empêcher de penser à d’autres reportages sur la misère de centaines de milliers d’hommes et de femmes sans abri, pour lesquels l’actrice au grand cœur n’eût pas un mot et peut-être pas la moindre pensée. Gêne d’entendre ce plaidoyer, assurément point méprisable, mais de plus en plus déplacé. Malaise croissant au fil du discours, dans l’attente de sa conclusion logique. Allait-elle le dire ? Eh bien oui ! En réponse à une question sur l’euthanasie des animaux, Brigitte Bardot répondit – je cite de mémoire – que c’étaient les maîtres qu’il fallait enfermer et tuer. Puis Brigitte et William se quittèrent en se faisant mille grâces, tout heureux d’un devoir si bien accompli. Ce nihilisme candide, aux termes duquel l’être humain ne vaut même plus l’animal mais beaucoup moins que celui-ci, est aujourd’hui largement partagé. C’est sa dénonciation qui scandalise… Drôle d’époque assurément.

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Article publié dans le numéro 506 de « Royaliste » – 8 janvier 1989