Chasseurs de charlatans, sachez que d’éminents charlatonologues sont en chasse. Ainsi William Dalrymple qui a rapporté dans la New York Revue of Books du 4 décembre 2003 les preuves surabondantes des erreurs manifestes, tartarinades, hypothèses farfelues et autres inventions grotesques du Charlatan Suprême – le toujours péremptoire Bernard-Henri Lévy.

Nos lecteurs se souviennent que l’ami des grands de ce monde (l’intègre François Pinault par exemple) et des humanistes balkaniques (le défunt Izetbegovic, seigneur islamiste de Sarajevo) avait publié une étrange enquête sur les assassins de Daniel Pearl. Le médiatique produit puait l’arnaque aussi fort que la caque sent le hareng mais les nombreux amis et les clients de BHL y étaient allés de leur compliment et nous enragions de ne pas avoir les moyens d’une contre-enquête.

Grâce au Monde diplomatique, qui a eu la bonne idée de publier un condensé de l’article paru dans la prestigieuse revue new-yorkaise, un très vaste public découvre ce mois-ci (1) à quel point le sémillant milliardaire s’est moqué du monde.

La vérité éclate grâce à un journaliste américain, qui a voyagé et écrit sur le Pakistan pendant dix sept ans et qui s’indigne en des termes beaucoup plus violents que les nôtres. Pour William Dalrymple, « Qui a tué Daniel Pearl ? constitue une véritable insulte à la mémoire d’un journaliste de qualité qui refusait d’accepter les stéréotypes ethniques grossiers dans lesquels se complaît Bernard-Henri Lévy ».

Après l’assassinat de l’envoyé du Wall Street journal,il eût été décent de garder le silence jusqu’à ce que sa veuve décide de le rompre. En rendant hommage à Mariane Pearl et en saluant le « récit parfaitement maîtrisé » qu’elle vient de publier (2), William Dalrymple fait apparaître, sans mot dire, l’atroce goujaterie du dilettante germanopratin. Mais le journaliste américain pointe avec une précision toute professionnelle la nullité du « romanquête » béhachélien : informations fausses, connaissance « particulièrement défaillante » de la géographie de l’Asie du Sud et « ignorance » de la vie politique des pays dont il parle ; transformation de ragots en faits sans la moindre production de preuves ; descriptions hallucinées et mise en scène pompeuse du personnage jouant à l’enquêteur. « A certains moments, cette farce tourne même à la parodie du cliché de la vanité prêtée aux Français » écrit William Dalrymple.

Le jugement est sans appel. Il n’empêchera pas Bernard-Henri Lévy de déblatérer partout où il y a des caméras.

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(1) Le Monde diplomatique – décembre 2003 : « Le douteux bricolage de Bernard-Henri Lévy ».

(2) Mariane Pearl, Un cœur invaincu : la vie et la mort courageuse de mon mari Daniel Pearl, Plon, 2003.

 

Article publié dans le numéro 828 de « Royaliste » – 22 décembre 2003