Dans son idéologie et dans ses organes mondiaux, l’ultralibéralisme n’est ni démocrate ni démophile. Une nouvelle preuve en est donnée par l’intervention de la Banque mondiale contre Siméon de Bulgarie.

Il y a lieu de relier trois informations parues récemment dans la presse nationale.

1° Nous apprenons par Le Monde (25 mai) qu’en 2001 que, selon une étude d’un organisme gouvernemental, 44% des Roumains vivent en dessous du seuil de pauvreté, alors qu’ils n’était que 6% lors de la chute, en 1989, de la dictature.

2° Nous apprenons par L’Humanité (24 mai) que la Bulgarie est le plus pauvre des pays candidats à l’entrée dans l’Union européenne. « Selon un rapport de la Commission européenne,  le PIB par habitant y représente 30 % du PIB moyen des pays membres de l’UE. Alors que plus de la moitié de la population vit au-dessous du seuil de pauvreté, l’arrogance des nouveaux riches proches du pouvoir a fini par exaspérer les Bulgares qui voient défiler dans les médias des affaires de corruption, d’escroquerie et de détournement de fonds publics, dans une totale impunité » (1).

3° Nous apprenons par des dépêches d’agence que la Banque mondiale est intervenue dans la campagne électorale pour signifier aux électeurs de cette nation démocratique qu’un « gouvernement de coalition large ou moins réformiste pourrait ralentir l’application des réformes les plus difficiles, arrêtant la croissance actuelle ». Si l’on traduit cette langue de bois, cela signifie que la Banque mondiale soutient le parti de droite, qui applique les recettes ultralibérales avec les terribles conséquences qui s’ensuivent.

Ce soutien est accompagné d’un chantage aux crédit puisque la BM promet 750 millions $ d’ici 2004 « si la politique macroéconomique actuelle est poursuivie » (par la droite), alors que le deuxième scénario (la victoire de Siméon ou un gouvernement de coalition avec son mouvement) entraînerait une réduction des crédits de la Banque à 230 millions de dollars !

Ce chantage constitue une ingérence politique inadmissible dans la vie d’un pays libre, que la France devait dénoncer si elle avait encore une politique étrangère.

Ce soutien de la Banque mondiale à la droite bulgare est d’autant plus scandaleux que la mise en œuvre de l’idéologie ultralibérale par les représentants du FMI et de la Banque mondiale dans les pays pauvres est partout et à tous égards catastrophiques : l’appauvrissement dramatique des populations, l’exploitation du pays par le capital étranger engendrent des séditions militaires (en Afrique) et le développement de mouvements nationaux-populistes (comme en Roumanie).

Le roi Siméon offre une solution démocratique et pacifique à la crise bulgare. Qu’on le laisse, au moins, libre de démontrer ses capacités.

 ***

(1) Cette information est extraite d’un article de Roumiana Vincenti, qui analyse le mouvement Siméon II et qui explique les raisons de l’adhésion des milieux populaires au Roi de Bulgarie. L’information est solide, la volonté de faire comprendre évidente, le regard critique est moins acéré qu’on pouvait s’y attendre. Si Le Monde qui, fin mai, gardait toujours le silence sur la Bulgarie, publiait un article cent fois plus critique sur le Roi et sur la Coalition qu’il inspire, nous le signalerions avec empressement.

 

Article publié dans le numéro 774 de « Royaliste » – 11 juin 2001