La victoire de Syriza le 25 janvier est d’abord la sanction de l’échec des « réformes » ultralibérales. La Commission européenne ment lorsqu’elle affirme que la Grèce était sur le bon chemin : depuis 2009 la récession approche les – 25% du PIB, le chômage dépasse les 26%, l’endettement public est passé de 120% à 172% du PIB, l’investissement s’est effondré et le peuple grec a souffert plus que tout autre dans la zone euro. Les recettes mortifères de l’austérité étaient imposées par l’Allemagne et appliquées avec un aveuglement fanatique par la Troïka : la Banque centrale européenne, le Fonds monétaire international et la Commission européenne doivent être tenues pour coresponsables de cette antipolitique allemande imposée, à l’allemande, par l’intimidation et la répression policière.

Face à cette catastrophe, le programme de Syriza est un minimum – qu’il s’agisse de l’annulation des deux tiers de la dette publique, de l’augmentation des bas salaires et des mesures sociales d’urgence. Mais nous savons que ce minimum vital est considéré comme inacceptable par Berlin, Francfort et Bruxelles. Au lendemain de la victoire de Syriza, l’oligarchie européiste montrait son parfait mépris pour le choix exprimé par un peuple souverain. Le président de la Banque centrale allemande exhortait Alexis Tsipras « à ne pas faire de promesses illusoires ». Benoît Coeuré, membre du directoire de la BCE, affirmait que « la Grèce doit payer, ce sont les règles du jeu européen ». Des règles qui annuleraient donc la démocratie ! Le porte-parole de la chancelière allemande appelait au respect des engagements et le ministère allemand des Finances excluait un troisième allègement de la dette tandis que Martin Schulz, président du Parlement européen qui ose se dire socialiste, poussait Alexis Tsipras au « compromis » – autrement dit à la trahison.

C’est dire que l’épreuve de force entre l’oligarchie européiste et Syriza est essentiellement politique. Premier ministre du nouveau gouvernement, Alexis Tsipras dispose d’un atout formidable : la légitimité fondée sur la volonté populaire librement exprimée. Cette légitimité lui donne le pouvoir de gouverner selon le principe de souveraineté nationale qu’il a rappelé en déclarant que la Troïka « appartenait au passé ». Et le président de Syriza s’est immédiatement donné les moyens de gouvernement en s’alliant avec les Grecs indépendants – proches de Nicolas Dupont-Aignan –  plutôt qu’avec les centristes de « To Potàmi ».

La Grèce pourra-t-elle résister aux puissances qui la menacent ? Rien n’est certain mais la victoire de Syriza se produit dans un moment favorable. La zone euro est un échec puisque la monnaie unique, qui n’a pas permis la convergence des économies nationales, est de plus en plus nettement perçue comme un mécanisme de récession économique et de régression sociale. La Banque centrale européenne, qui a annoncé le 22 janvier un vaste programme de rachat de titres afin de lutter contre le risque de déflation, s’est engagée du même coup dans une logique de renationalisation des dettes qui contredit le principe même du fonctionnement de la zone euro : les Banques centrales nationales supporteront en effet 80% des risques liés aux achats de titres effectués.

Face à Berlin, Bruxelles et Francfort, le nouveau gouvernement grec serait plus fort s’il était soutenu par la France qui trouverait dans la victoire de Syriza une excellente occasion de réorienter l’ensemble de la politique européenne et d’en finir avec la domination allemande. Le paradoxe, cruel, est que les « socialistes » français ont soutenu la thérapie de choc en Grèce, sont acquis aux folies ultralibérales et alignés sur Berlin.

Il faudra donc que la Grèce affronte seule les oligarchies coalisées. Nul ne peut prévoir la dynamique de cette confrontation qui peut échapper à la volonté des protagonistes si Athènes reste ferme sur ses positions et sert ainsi d’exemple, partout en Europe, aux partis qui militent contre l’austérité. Il y a chance de voir la crise de la zone euro se conclure par la disparition de la monnaie unique – condition première d’un nouveau développement pour les nations européennes. La Grèce se bat pour nous tous. Qu’elle ne faiblisse pas !

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Pour suivre la situation en Grèce : le blog (en français) de Panagiotis Grigoriou : http://www.greekcrisis.fr/, le site (en français) Okeanews : http://www.okeanews.fr/ et le blog de Jacques Sapir : http://russeurope.hypotheses.org/

 

Editorial du numéro 1071 de « Royaliste » – 2015