Lorsque çà déchoit au sommet de l’Etat, il est indispensable de préserver son espoir en relisant les classiques.

Bonne idée que de rassembler huit portraits du général de Gaulle (1), écrits dans la passion du moment par des auteurs médiocres (Jean-François Revel, comme toujours bête et méchant), des essayistes brillants (Michel Cazenave) et ce grand historien qu’est Maurice Agulhon. Dans l’urgence, pour se prémunir contre tout pessimisme historique, pour ne pas confondre décadence (inexistante) et l’auto-déchéance d’un agité de passage, je préconise la lecture de Gaston Bonheur (Charles de Gaulle) par les plus jeunes, la relecture de Jean Mauriac (Mort du général de Gaulle) pour les contemporains et, pour tous publics français et étrangers, l’A demain, de Gaulle que Régis Debray publia en 1990 – deux ans après que François Mitterrand eût installé Michel Rocard, son négatif, à Matignon.

Ce beau lendemain du gaullisme, nous étions nombreux à l’espérer dès que la parenthèse rocardienne serait refermée. Ici, nous étions pressés car nous avions le triste privilège de voir se nouer l’alliance libérale-libertaire sous l’égide de Jacques Séguéla incarnant la veulerie communicante. Invoqué par Régis Debray, Charles de Gaulle nous parut à tous égards salutaire. Pourtant, il y avait encore un chef de l’Etat, des conseillers avisés, quelques bons ministres et nous pensions, à tort, que le Parti socialiste parviendrait à se ressourcer…

Dix-huit ans plus tard, le Général est encore plus indispensable. J’écris cela platement pour tenter de faire retentir la juste note de Régis Debray qui refusait la momification opérée par les médias et par les plumitifs de la nouvelle cour. Charles de Gaulle n’est pas une Légende, ni un Héros, ni un Génie mais un « grand homme » de notre respublica. Lisons Régis : « le grand homme est unifié. Inculte ou non, c’est un conceptuel […]. De Gaulle était un homme manifestement rassemblé ». Cette manière d’être s’éclaire par la remarque de Jacques Chaban-Delmas : « Rien qu’il ne raccordât avec minutie au système entier de ses principes et de ses stratégies ».

Et si un simple citoyen, un candidat-ministre ou un prince vous demande ce que c’est qu’un chef d’Etat, apprenez-lui la réponse du Général à Jean-Noël Jeanneney : « C’est un homme capable de prendre des risques ». Des risques. Tout le secret est là. Bête comme chou… Bête comme le courage. Car le courage, quand on a le confort, c’est complètement idiot !

***

(1) De Gaulle. Portraits présentés par Jean-Pierre Rioux. Editions Omnibus. 2008.

 

Article publié dans « Royaliste »2008