Il y a dix ans, suite à l’invasion d’un pays souverain, nous avions accepté la guerre contre l’Irak dans la mesure où elle était faite pour le respect du droit international, et décidée à regret par les autorités françaises après accord du Parlement. Cela sans croire une seconde à une guerre propre. Ce fut une guerre, très meurtrière, prolongée par les souffrances infligées au peuple irakien mais aussi par les maladies et morts suspectes qui ont frappé certains soldats des armées alliées. De cette guerre sans doute justifiée, nous ne sommes pas fiers.

Voici bientôt deux ans, nous avons dénoncé de toutes nos forces la guerre d’agression menée contre la République fédérale de Yougoslavie. Parce que cette guerre était menée au mépris du droit international, contre un Etat souverain. Parce que la participation à cette guerre américaine avait été décidée par le président de la République et par le Premier ministre sans l’indispensable autorisation du Parlement. Parce que cette guerre ne pouvait apporter aucune solution aux conflits qui ravagent les Balkans. De fait, le seul résultat de cette sale guerre fut de placer le Kosovo sous l’égide d’une administration de type colonial, qui maintient un ordre apparent grâce à ses moyens militaires.

Souvenons-nous de Lionel Jospin affirmant le 8 avril 1999 qu’en Yougoslavie « nous agissons au nom d’une morale, je dirai même au nom d’une philosophie, d’une conception de la civilisation ». Souvenons-nous de l’hystérie de certains intellectuels parisiens, et de la campagne de haine menée contre Régis Debray. Souvenons–nous des journalistes qui répandaient à tous vents la propagande mensongère de l’OTAN.

Nous avions dit qu’il y aurait de sanglants retours de bâton et que les dirigeants français auraient à répondre de ses actes. Nous redoutions que des soldats servant au Kosovo sous l’égide des Nations unies ne soient victimes de la guerre civile qui se poursuit.  Nous continuons à craindre pour leur vie. Mais nous avons appris que l’utilisation de munitions à l’uranium appauvri par les Américains était la cause des maladies mortelles qui frappent des centaines de militaires qui ont servi dans les Balkans et d’innombrables civils habitants les régions bombardées.

Nous attendons maintenant les explications des moralistes, des philosophes, des civilisateurs qui ont été les dupes ou les complices des empoisonneurs américains. Nous attendons les explications de ceux qui se flattaient d’avoir entraîné les Etats-Unis dans cette sale guerre. Nous attendons les explications de ceux qui hurlaient de joie lorsque les bombes tombaient sur la Yougoslavie. Nous attendons dans la colère. Nous attendons avec immense dégoût, car ceux qui moralisaient sur le Kosovo se sont empressés d’oublier la cause albanaise, comme ils se sont désintéressés de la Bosnie, comme ils ont abandonné à leur sort les Russes (quotidiennement insultés par la presse bien-pensante), les Roumains, les Bulgares et autres peuples qui ne sont plus médiatiquement rentables.

Il ne s’agit pas de lancer un débat sur l’« éthique », et de demander des déclarations de repentance. Il faut tirer les conséquences politiques de la guerre de 1999, en réaffirmant :

– un mot d’ordre : Hors d’Europe, les Américains ! C’est là une visée à moyen terme.

– une exigence : la démission du Premier ministre et des ministres directement impliqués dans la sale guerre américaine. Bien entendu, ces hauts responsables ne tireront pas les conséquences de leurs actes.

– un souhait : selon les articles 67 et 68 de la Constitution, la mise en accusation du président  de la République, du Premier ministre et des présidents des Assemblées en fonction en 1999, pour avoir décidé ou consenti à une guerre faite en violation du droit.

– Un appel qui sera répété à chaque élection : pas une voix pour les responsables de la sale guerre de 1999, pas une voix pour les complices actifs ou silencieux de la guerre sale menée par les Américains. Cette sanction démocratique peut et doit avoir des effets tangibles aux élections municipales.

Il faut en passer par ce règlement de comptes politiques pour que la France puisse contribuer de manière décisive à la paix dans les Balkans (1).

 

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  • Royaliste n° 727 : Balkans : des projets pour la paix.

 

Editorial du numéro 764 de « Royaliste » – 22 janvier 2001