Au Forum social européen qui s’est terminé à Londres le 18 octobre, ce n’est pas la lutte finale qui était à l’ordre du jour mais la fin d’un mouvement qui avait suscité quelque espoir.

Nous avions craint que l’altermondialisme ne soit récupéré dans un jeu dialectique opposant les contestataires de la « mondialisation libérale » et les oligarchies transnationales.

Ce schéma séduisait le commissaire européen Pascal Lamy et les têtes pensantes de la Confédération Européenne des Syndicats. Nombre d’altermondialistes étaient prêts à entrer dans ce jeu qui leur donnait une représentativité mondiale sans que l’ordre des choses en soi sérieusement bouleversé.

Pour éviter une telle récupération d’autres voies étaient possibles, qui impliquaient un retour raisonné à l’action politique nationale.

Ces débats n’ont plus lieu d’être car les ultralibéraux comme le petit groupe des « politiques » ont été floués.

L’altermondialisme ne sera pas la figure sympathique et inoffensive d’une « société civile mondiale » qui aurait maintenu une fiction démocratique utile aux oligarchies.

Il ne sera pas non plus le creuset d’un mouvement social et politique susceptible d’accomplir les révolutions nécessaires, par conquête démocratique de l’Etat.

Ce qui était déjà visible à Paris l’an passé a été amplement confirmé à Londres cette année. Le Forum social européen réunit des foules de moins en moins nombreuses qui se complaisent tantôt dans les invocations sympathiques mais sans portée (« faire l’Europe sociale » ) tantôt dans le révolutionnarisme romantique : drapeaux rouges, faucilles et marteaux, chants d’autrefois – signes et symboles de ceux qui ont été les vaincus de l’histoire pour les terribles raisons que l’on sait.

Derrière le folklore, les extrémistes sont toujours à l’œuvre. On retrouve les hystériques de l’antisionisme qui se mêlaient aux gentils pacifistes au cours de l’hiver 2003. Et les groupes trotskystes croient fin de pactiser avec les islamistes contre l’impérialisme américain. C’est jouer avec le feu. Comme toujours lorsqu’un grand mouvement politique ou social s’effondre, les désespérés sont tentés de fuir dans la violence terroriste.

Les « politiques », nombreux à la direction d’Attac mais décalés par rapport à leur propre mouvement, sont pris en tenaille dans ces rassemblements internationaux dont ils ont eu l’idée. Entre les syndicalistes engagés dans la Confédération européenne des syndicats, qui voteront en faveur d’une « constitution » européenne ultralibérale, et les ultras en keffieh qui carburent à la haine, il n’est plus possible de se frayer un chemin. Il est temps de s’échapper d’un piège presque entièrement refermé.

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Article publié dans le numéro 846 de « Royaliste » – 1er novembre 2004