La dynamique d’un mouvement ne se réduit pas à l’agitation de rue, encore moins aux rituels violents. De Seattle à Evian, les manifestations de masse demeurent nécessaires mais elles peuvent être le prétexte d’un récit folklorique.

On sait que la télévision n’informe pas. Elle met en forme un récit qui est rédigé avant l’événement selon des normes implicites et que les journalistes du terrain sont chargés d’illustrer par des images assorties de commentaires appropriés. Les témoignages surabondent sur ce point et il nous serait facile de citer les propos de  responsables de services politiques qui confirment cette analyse.

La dénonciation de cette mise en scène médiatique est nécessaire. Encore faut-il prendre garde de ne pas tomber dans le piège aimablement tendu. Selon un paradoxe fréquemment observé, les plus virulents critiques de la télévision, ceux qui développent volontiers des raisonnements paranoïaques, jouent en toute naïveté le rôle qui leur est assigné dans le spectacle.

Le récit télévisé se déroule sur deux plans.

Quant à l’analyse de fond, il s’agit de situer les diverses forces hostiles à l’ultra-libéralisme dans une dialectique opposant la « société civile » aux élites de la mondialisation – étant entendu que les experts du marché globalisé auront toujours le dernier mot après avoir intégré dans les « réformes » les amendements des protestataires. Aimable confrontation du « réalisme » et de « l’utopie », de la fougue juvénile et de la sage technicité, qui se résout par les immuables conclusions d’une démocratie adulte : « nous n’avons pas de marges de manœuvres,  nous n’avons pas le choix mais reprenez donc un peu de jus d’orange ».

Quant au scénario des événements (les manifestations contre le G8, début juin) les médias ont largement privilégié le folklore politique, tel que le conçoit un journaliste de la CFDT qui a eu vingt ans en 1968 : anarchistes en costume d’époque, villages de toile autogérés, comités gay-lesbiennes (qui ont toujours du mal a articuler la révolution sexuelle et la réforme du système monétaire international), cuisiniers alternatifs et vierges rouges en tenue d’été.

Tout cela est sympathique et distrayant, surtout lorsqu’il y a du cocktail Molotov dans l’air. Mais tout ce qu’il y a de fondé, de sérieux, de prospectif dans la thématique altermondialiste n’est guère présenté, encore moins expliqué sur les principales chaînes de télévision.

Au temps où il était « starisé » par les médias, José Bové parvenait à faire passer certaines de ses idées parce qu’il était un militant aguerri. Les choses se sont dégradées depuis un an : le micro-trottoir répercute à tous vents l’idée que le bonheur est dans le pré (alternatif) et que la révolution est un rêve d’enfants.

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Article publié dans le numéro 818 de « Royaliste » – 9 juin 2003