Pris au piège des extrémistes trotskistes et islamistes lors du Forum social de Londres, le mouvement Attac va se trouver dans une nouvelle contraction s’il fait campagne pour le non au référendum sur le traité européen.

Très estimable dans sa critique de l’ultralibéralisme et dans son souci d’éducation populaire, le mouvement Attac ne parvient pas à sortir des contradictions du mouvement altermondialiste qu’il a largement contribué à lancer.

Voici quelques mois, le mouvement semblait avoir à peu près remis des prestations anarcho-passéistes de José Bové. Mais ce fut pour tomber, lors du Forum social européen de Londres (cf. Royaliste n° 846) dans le piège tendu par les trotskistes et les islamistes : lors de ce forum totalement contrôlé par le Socialist Workers Party (auquel la LCR du gentil Besancenot est alliée), Bernard Cassen a été violemment confronté à l’intolérance de djihadistes hurlant leur haine de la France « raciste » – pour cause de loi sur les signes religieux.

Comme l’alliance mortifère des extrémistes semble l’avoir emporté, Attac tente de sortir du piège en proposant que des Forum sociaux se tiennent sur le plan national. Le projet est pertinent, puisque les politiques sociales sont conçues et mises en œuvre par l’Etat national : seul un nouveau gouvernement issu d’un bouleversement électoral pourra nous délivrer des prétendues « contraintes de marché » et du carcan imposé par la Banque centrale européenne.

Mais voici qu’une nouvelle contradiction se profile : très critique sur le « traité constitutionnel », le mouvement Attac prépare pour le 19 mars une « manifestation unitaire » à Bruxelles. Unitaire ?  Cela signifie qu’Attac, qui entend « combattre l’inspiration néolibérale de la construction européenne » va se retrouver au coude à coude avec la Confédération Européenne des Syndicats qui diffuse et met en œuvre une idéologie néolibérale.

Il est facile de deviner que cette manifestation hétéroclite, où les nostalgiques du léninisme vont côtoyer des organisations démocratiques qui approuvent ou qui s’opposent au « traité constitutionnel », se fera sur des mots d’ordre fleurant bon la guimauve. On réclamera « plus d’Europe sociale » et on se quittera en toute bonne conscience – mais en ayant une fois de plus abusé des dizaines ou des centaines de milliers de militants.

Or il est inutile d’espérer une clarification politique aboutissant à l’éviction des extrémistes trotskistes et djihadistes et des complices avoués de l’ultralibéralisme. Cette clarification ferait exploser Attac qui, comme la plupart des organisations, souhaite avant tout persévérer dans son être.

 

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Article publié dans le numéro 847 de « Royaliste » – 15 novembre 2004