Depuis le début de la crise sanitaire, nous avons publié maintes critiques de la politique sanitaire menée par les dirigeants du pays et des lourdes fautes commises par les deux précédentes équipes. L’aggravation de la crise politique qui résulte des lenteurs et des échecs de l’action gouvernementale s’accompagne d’une crise de l’autorité scientifique qu’il nous faut appréhender aussi rigoureusement que possible avant de présenter nos propositions face à la menace récurrente des pandémies.

 

La pandémie qui frappe la planète était prévisible. Le bilan des différentes politiques sanitaires menées dans le monde n’est pas encore fait mais il est clair que la France s’est quant à elle volontairement désarmée après 2010 alors qu’elle s’était préparée à partir de 2004 à affronter une épidémie de grippe aviaire. Les stocks de masques et de vaccins étaient prêts en 2009 lors de l’épidémie de grippe A (H1N1) qui avait été arrêtée par une efficace campagne sur les gestes barrière accompagnée par la vaccination de huit millions de personnes. Un rapport parlementaire avait alors analysé les failles du dispositif sanitaire et présenté 42 propositions destinées à renforcer nos capacités de réaction (1).

Au lieu de considérer l’épisode du H1N1 comme une alerte grave, les gouvernements de droite et de gauche ont jugé qu’il n’y avait plus lieu de s’inquiéter, laissant par ailleurs s’accomplir les effets de l’austérité sur l’hôpital public. Au printemps 2020, le résultat de cette politique de désarmement sanitaire s’est soudain affiché sur les écrans des téléviseurs : pénurie de masques, de blouses médicales, de seringues, de respirateurs, de lits, et de médicaments massivement fabriqués en Chine et en Inde. Après avoir hésité à choisir entre l’immunité naturelle et un confinement imposé en toute hâte, mais en laissant prospérer le laxisme aéroportuaire, le gouvernement a largement raté la campagne de tests de septembre 2020 puis décidé, face à la reprise de l’épidémie, un deuxième confinement assorti de mesures inutiles – la fermeture des petits magasins – et de limitations de déplacements aussi pointilleuses que peu respectées. Ces carences, ces mensonges et ces hésitations contrebalancées par des décisions brutales ont provoqué dans l’opinion publique une profonde perte de confiance qui a accru l’impopularité d’un Emmanuel Macron campé en chef de guerre… mais conseillé par le cabinet McKinsey et autres officines du même acabit.

Au cours de la première phase de la pandémie, la Nouvelle Action royaliste a vécu dans l’angoisse la progression du virus, critiqué les incohérences gouvernementales tout en approuvant les mesures de soutien à l’activité économique et en souhaitant l’arrivée d’un vaccin. Or les lents progrès de la campagne de vaccination s’accompagnent de contestations virulentes de la nécessité vaccinale et des mesures de contrôle sanitaire.

La crise de l’autorité scientifique n’est pas nouvelle mais elle s’exprime depuis juillet par d’importantes manifestations de rue qui rassemblent les militants hostiles à la vaccination, les opposants au passe sanitaire et des contestataires plus ou moins radicaux qui réactivent d’anciens conflits. Dubitative ou virulente, la mise en question de l’efficacité vaccinale a trois causes :

  • Le sentiment de sécurité provoqué par les vaccins obligatoires a paradoxalement favorisé les discours portant sur leur inutilité ou sur leur malfaisance ;
  • Les chaînes d’information en continu ont fait de la crise sanitaire un spectacle permanent et les interrogations des scientifiques ont été transformées en débat d’opinion avec l’aide empressée de médecins qui se sont livrés à des campagnes d’auto-promotion ;
  • Le mépris manifesté à l’égard de l’Académie de Médecine et de l’Académie des Sciences par Emmanuel Macron créant un « Conseil de défense sanitaire » qu’il préside et un « Conseil scientifique Covid-19 » qu’il écoute quand il le juge bon.

Quand il ne joue pas le rôle du Premier ministre ou du ministre de la Santé, Emmanuel Macron se fait expert en épidémiologie et livre des explications médicales sur les réseaux sociaux. C’est favoriser la confusion des domaines, quotidiennement entretenue par le bavardage médiatique sur la pandémie.

Il importe d’en revenir à une claire distinction entre ce qui relève de la science et ce qui relève du politique. Le politique relève de la philosophie et de la sacralité ; la politique est un art opératif alourdi par les contingences et soumis à l’incertitude ; le débat politique se déroule devant l’opinion publique et mobilise des argumentaires qui se veulent pertinents, cohérents et réalistes mais aussi des passions et des pulsions, des mémoires collectives et des projets. Les sciences sont faites par des chercheurs qui élaborent des concepts, construisent des hypothèses et procèdent à des vérifications qui peuvent être réfutées par d’autres chercheurs mais qui permettent des réalisations concrètes. Les énoncés scientifiques sont soumis à des règles méthodiques qui permettent de comprendre un fragment de réel alors que les énoncés politiques, aussi imprécis soient-ils, tentent de transformer le réel et parfois y réussissent. Les tâches et les enjeux sont trop différents pour qu’il soit possible de passer d’un domaine à un autre. Les inventeurs d’une « science prolétarienne » se sont couverts de ridicule – lors de l’affaire Lyssenko – et ceux qui ont tenté d’inventer une « physique politique » ont connu de cinglants échecs. Ce qui vaut pour la biologie et pour la physique vaut aussi pour la virologie, l’épidémiologie et la vaccinologie : les résultats acquis dans ces trois derniers domaines ne peuvent être mis en cause hors de la communauté scientifique, faute des connaissances indispensables à une critique ou à une réfutation.

De quelque nature qu’ils soient, les pouvoirs politiques respectent les acquis scientifiques mais gardent leur pleine liberté de décision stratégique. Il en est ainsi face à la pandémie de la Covid-19. Surpris par la rapidité de la contagion virale, les gouvernements du monde entier ont imposé des formes plus ou moins strictes de confinement. En Europe, ces fortes contraintes, qui suspendaient les libertés publiques, ont été acceptées par peur, justifiée, de la maladie et de la mort. Sur recommandation des autorités scientifiques et en l’absence de tout traitement préventif ou curatif, les gouvernements du monde entier ont organisé des campagnes de vaccination massive qui ont eu les effets attendus : baisse des contaminations, des hospitalisations et du nombre de décès, corrélation étroite entre les hospitalisations et les personnes non-vaccinées.

Il est donc nécessaire et urgent de poursuivre la campagne de vaccination en tenant compte des réticences de nombreux citoyens mais une organisation politique ne saurait préconiser le refus de la vaccination ou des traitements alternatifs tant que ceux-ci n’auront pas été validés selon les protocoles habituels par la communauté scientifique.

En revanche, le contrôle sanitaire de la population relève de la décision politique et appelle des appréciations politiques de la part des organisations et des citoyens. Telle qu’elle a été conçue par Emmanuel Macron, qui revendique la responsabilité de la conduite des opérations, la campagne française de vaccination mise en œuvre à partir de janvier a été caractérisée par l’arbitraire et le désordre : le recours injustifié à une société privée – Doctolib – rapidement engorgée et le passage obligé par Internet ont découragé maintes personnes âgées et ralenti la vaccination de cette partie de la population, pourtant prioritaire. La levée des limitation de circulation sur le territoire et la fin du couvre-feu ont créé dans la population un sentiment de sécurité qui a ralenti la vaccination des personnes de plus en plus jeunes qui y étaient conviées.

Au début de l’été, l’Elysée a été obligé de constater que la France accusait un retard considérable par rapport à ses voisins allemands, italiens et britanniques – alors que la forte contagiosité du variant Delta faisait peser un risque accru sur notre pays. Survenue au printemps, la catastrophe indienne provoquée par le nouveau variant aurait dû inciter le gouvernement à se concerter avec les représentants de l’ensemble des secteurs concernés – Assistance publique, transports publics, spectacle, restauration – pour organiser des parades. Après une période d’optimisme injustifié, Emmanuel Macron a au contraire choisi, le 12 juillet, de faire une série d’annonces brutales et incohérentes : menaces sur l’emploi des personnes non vaccinées à l’hôpital et dans la restauration, vaccination obligatoire pour les pompiers mais pas pour les policiers, instauration d’un passe sanitaire dans les TGV, mais ni dans les TER ni dans les métros et les bus, aux terrasses des cafés mais pas dans les restaurants d’entreprise. Faute de pouvoir imposer la vaccination obligatoire, on a utilisé des procédés de contrainte et de chantage qui ont provoqué ce que le gouvernement redoutait depuis un an : le durcissement et l’amplification d’un mouvement de révolte latent. L’autoritarisme brouillon du gouvernement et les doutes qu’il laisse planer la levée des contraintes sanitaires contraste avec le consensus qui règne chez nos voisins et qui permet une vaccination de masse assortie de faibles contraintes. L’Espagne est à cet égard tout particulièrement exemplaire avec un taux de vaccination de 75% fin août sans le moindre passe sanitaire.

Telle qu’elle se développe en France, la crise politique et sanitaire nous amènera à préciser et à compléter des propositions destinées à anticiper et à maîtriser les pandémies futures qui sont en lien direct avec la mondialisation et le changement climatique :

  • Strict contrôle public de l’industrie pharmaceutique et reconquête de notre indépendance dans le domaine sanitaire ;
  • Plans d’investissement pour l’hospitalisation publique et pour la recherche ;
  • Développement de l’information scientifique ;
  • Reprise des propositions parlementaires destinées à associer les personnels de santé, les collectivités locales et les citoyens à la lutte contre les pandémies.
  • Mobilisation des citoyens, sensibilisés par le passe sanitaire, au danger de la surveillance généralisée, contre les sociétés privées qui ont installé des dispositifs numériques de fichage sur lesquels les individus et les pouvoirs publics nationaux n’ont aucune prise (2).
  • Appel à la mobilisation des institutions internationales afin que les pays peu développés puissent bénéficier d’une protection vaccinale optimale et de l’ensemble des moyens de prévention et de lutte contre la pandémie présente et contre celles à venir.

 

Nicolas PALUMBO

Bertrand RENOUVIN

 

(1) Assemblée nationale, Rapport de la Commission d’enquête sur la campagne de vaccination contre la grippe A, 6 juillet 2010.

(2) Cf. la motion sur la souveraineté numéro adoptée par le 36ème congrès de la NAR.

 

Article publié dans le numéro 1216 de « Royaliste » – 14 septembre 2021