Alors ? Pour ou contre la carte scolaire, les sans papiers, Georges Bush, les magistrats, la police, le Premier ministre hongrois, la rupture, l’ordre juste ? J’ajoute, pour anticiper les débats à venir, la démocratie participative, la gouvernance éclairée, la réforme progressive, la rénovation paritaire, le progrès raisonné…

D’un côté des postures agressives, de l’autre des slogans qui donnent l’illusion de la profondeur – la fameuse « vision » qui est indispensable au futur homme d’Etat.

La confusion est totale mais les sondages nous apportent chaque jour les réponses précises des Français aux débats lancés par Ségolène et Nicolas. Miracle de la démocratie d’opinion, qui fait que l’une change tout à coup de registre tandis que l’autre persévère dans la provocation. Les Français pensent que les magistrats ne sont pas assez sévères ? Guilleret, le ministre de l’Intérieur en rajoute dans l’atteinte portée au principe de séparation des pouvoirs.

On s’essouffle vite à suivre les jeux de rôle de personnages qui ne sont, pour le moment, que des candidats à la candidature dans leur propre formation. Sur chaque question posée, il nous faut prendre le temps de la réflexion … qui n’intéressera plus guère lorsqu’elle pourra être clairement formulée. La carte scolaire sera-t-elle encore dans le débat lorsque s’ouvrira la campagne électorale ? J’en doute. La nation doit-elle s’en préoccuper ? Oui, mais pas n’importe quand et n’importe comment.

Cela signifie que les enjeux politiques, économiques et sociaux doivent être hiérarchisés par les partis politiques dans l’ordinaire des jours et par les candidats en période électorale. Telle est le premier devoir démocratique de ceux qui participent à l’expression du suffrage universel.

Cela signifie aussi que les candidats à la présidence de la République ont, deuxième devoir, à définir précisément leur projet selon la charge à laquelle ils prétendent. En 2002, les principaux candidats à l’Elysée ont fait des campagnes de candidats à Matignon qui, de surcroît, s’ingénieraient à détailler les plans d’action des différents ministères – en matière de sécurité sur la voie publique, de dispositifs pour l’emploi des jeunes, de crédits pour l’environnement…C’est, à nouveau, la même confusion qui s’installe.

Bien entendu, rien n’empêchera les candidats déclarés de se livrer à leurs habituelles opérations de communication  : ils prendront leurs marques, enverront leurs signaux, prendront les poses qui leur permettront d’avoir une image « moderne », « sécuritaire » ou encore, ce qui ne mange pas de pain, « responsable ».

En vue d’une restauration du débat politique dans notre pays, rappelons cependant quelques principes simples que l’on trouve dans notre Constitution :

Tout candidat à la présidence de la République doit nous dire comment il veillera au respect de la Constitution, ce qui inclut le respect de son préambule : attachement aux droits de l’homme et aux principes de la souveraineté nationale définis en 1789, confirmés et complétés en 1946. Il doit préciser, selon l’article 5, comment il envisage son champ d’intervention et quelles seront les grandes lignes de la politique étrangère et de la politique de défense de celui qui est élu pour être le « garant de l’indépendance nationale ». Politique européenne, politique monétaire, grands services publics, politique industrielle : les projets en ces domaines doivent être précis, afin que les citoyens se prononcent en toute connaissance de cause.

Il faut aussi que le candidat nous dise comment il répondra à l’exigence de justice, puisque c’est vers lui que se tournent les citoyens lorsqu’ils estiment que leurs droits politiques et sociaux sont menacés.

Mais l’insécurité, la condition de la femme, les retraites ? Patience ! Nous aurons après la présidentielle des élections législatives : au cours de cette autre campagne, tout chef de parti, candidat implicite à Matignon, présentera aux Français le programme détaillé du gouvernement qui aura pour tâche de déterminer et de conduire la politique de la Nation, selon les termes de l’article 20.

Etre responsable en politique, c’est être en mesure de répondre selon la fonction à laquelle on aspire. Il faut tenir ferme sur cette vérité banale.

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Editorial du numéro 888 de « Royaliste » – 2006