La France et les autres nations de l’Ouest du continent doivent pour une grande part leur liberté aux immenses sacrifices consentis par les peuples de l’Est du continent – tout particulièrement les Russes – qui combattaient au sein des armées soviétiques.

Les autorités françaises n’avaient pas commémoré, en 1993, le cinquantième anniversaire de la bataille de Stalingrad. Le président de la Fédération de Russie n’avait pas été invité au soixantième anniversaire du Débarquement de Normandie, sous prétexte que les troupes soviétiques ne furent pas engagées dans cette opération.

Quand les gouvernants méprisent à ce point l’histoire, pour ne pas contrevenir aux oukazes médiatiques, il ne faut pas s’étonner que l’opinion publique finisse par s’en faire une fausse représentation.

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Alors que plus de la moitié des Français estimaient dans les années cinquante que l’Union soviétique avait joué un rôle décisif dans la victoire sur le nazisme, une large majorité de nos concitoyens privilégie la contribution américaine, sans bien apprécier le rôle capital joué par l’armée française dans la libération du territoire national (1) et le poids décisif des troupes soviétiques dans la victoire finale.

Ce constat ne doit rien aux affinités idéologiques et partisanes. Le rôle de nos alliés de l’Est est une vérité historique, qui fut d’abord analysé comme une réalité stratégique par les témoins et les acteurs de la Seconde guerre mondiale.

En 1942, la résistance héroïque de l’Armée rouge dans Stalingrad était regardée avec passion à l’Ouest et la reddition de Von Paulus le 2 février 1943 suscita dans toute l’Europe un espoir immense et justifié puisque les historiens voient dans l’issue heureuse de la bataille le grand tournant de la Seconde guerre mondiale. Lors de la conférence de Téhéran, Winston Churchill remit à Staline à l’intention du peuple soviétique l’Epée de Stalingrad dont la lame porte ces mots : « Aux citoyens de Stalingrad au cœur d’acier, ce don du roi Georges VI en gage de l’hommage du peuple britannique ». Fin novembre 1944, sur le chemin de Moscou, le général de Gaulle demanda à s’arrêter à Stalingrad et remit à la municipalité une épée d’honneur.

Le siège de Leningrad, qui dura 900 jours, demeure l’exemple de courage d’une population placée dans une situation effroyable (un million de ses habitants périrent) et de la ténacité des soldats qui défendaient la ville.

La bataille de Koursk (12 juillet – 23 août 1943) brisa les capacités offensives de l’armée allemande – elle perdit 30 divisions et 3 500 avions – et amorça le mouvement de recul qui tourna à la débâcle.

Nous n’oublions pas que des soldats français participèrent à la formidable poussée qui se termina par la chute de Berlin. Lors de son séjour à Moscou, le général de Gaulle passa la revue du régiment Normandie-Niemen, « seule force occidentale qui combattît sur le front russe », fit compagnon de la Libération le colonel Pouyade et décora nombre d’aviateurs français ainsi que des généraux et des officiers russes, à la veille de la signature du traité franco-russe du 10 décembre 1944.

Le principe de l’engagement militaire français à l’Est avait été fixé par le chef de la France libre dès décembre 1941 et le premier détachement d’aviateurs était arrivé le 29 novembre 1942 à Ivanovo. A partir de mars 1943, le groupe de chasse « Normandie » se couvre d’une telle gloire que le maréchal Keitel, chef de l’Etat-Major suprême, donne l’ordre de fusiller sur-le-champ les pilotes de « Normandie » faits prisonniers. C’est Staline qui décernera au groupe, devenu régiment, le titre de Niémen en hommage à la part qu’il avait prise dans la bataille pour le franchissement du fleuve. Le 4 novembre 1944, Jean de Pange sera le premier pilote français à atterrir librement sur un terrain allemand, en Prusse Orientale…

De tous les pays en guerre, c’est l’Union soviétique qui subit les plus grandes pertes : plus de 21 millions de personnes, parmi lesquelles un million de Juifs et 3,3 millions de prisonniers de guerre exterminés dans les camps de concentration. Trois cents mille soldats soviétiques (plus que les pertes américaines sur les fronts japonais et allemands) périrent lors de la bataille de Berlin, du 25 avril au 3 mai 1945.

Il serait juste que la France exprime solennellement sa reconnaissance au peuple et à l’armée russes, ainsi qu’aux peuples de l’ancienne Union soviétique qui participèrent à ce gigantesque conflit.

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(1) Cf. l’éditorial du n° 856 « La France combattante ».

Article publié dans le numéro 860 de « Royaliste » – 2005