Sortir vraiment des énergies fossiles – par François Gerlotto
Ce n’est pas la première fois que le prix du baril de pétrole dépasse les 100 dollars : pour le seul XXIe siècle, citons la crise de 2008 (baril à près de 140 $) ; de 2011 (100 $, jusqu’à la pandémie) ; la guerre d’Ukraine en 2022 (115 $). Et maintenant la guerre en Iran, qui nous propulse encore une fois au-delà des 100 dollars, sans savoir jusqu’où le pétrole pourra monter. Et jusqu’à quand…
Et chaque fois, nous redécouvrons les mêmes évidences. Que notre dépendance, au sens médical du terme, est extrême, non seulement au pétrole (matière première et carburant), mais à l’énergie, d’où qu’elle vienne, pour toute notre vie quotidienne. Que nos résolutions fermes et irrévocables de ne plus nous laisser prendre par surprise s’effondrent dès que tout va bien. Que notre volonté de réduire les émissions de GES n’a jamais duré plus de quelques mois après les crises. Bref, que nous sommes incapables d’aller contre des choix économiques à court terme, dont nous savons pourtant qu’ils nous confisquent notre liberté.
Chaque crise nous remet en mémoire ce que nous avions appris mais que nous nous étions empressés d’oublier : l’addiction aux combustibles fossiles a quatre effets, aussi dramatiques les uns que les autres.
Le premier est un effet économique, le plus visible car il touche au porte-monnaie de chacun : si pour le moment le coût du baril se répercute surtout sur les transports, quand le blocage se prolongera ce sera toute notre économie qui en pâtira, puisque ces produits pétroliers sont aussi la matière première de l’industrie pétrochimique, laquelle nous fournit en produits indispensables. Les emballages plastiques par exemple, sans lesquels la commercialisation des produits alimentaires est impossible. N’allons pas plus loin dans des détails connus de tous les consommateurs.
Il y a ensuite un effet politique : l’absence de prévision, de réflexion, osons le gros mot : de planification, où l’Etat n’assure plus l’approvisionnement en biens vitaux et doit accepter des dépenses urgentes, indispensables, imprévues, mène à la catastrophe. Cette incapacité à maintenir un cap vaut aussi pour l’UE, qui oscille en permanence entre une volonté de maîtrise de sa consommation et la soumission aux lobbies de l’industrie pétrolière. C’est ainsi que l’interdiction de vendre des véhicules thermiques a été reportée de l’horizon 2030 à 2035 (avant un probable abandon définitif ?) ; alors que la Chine, au contraire, s’est donné ce même objectif et s’y tient, déversant alors dans notre continent ces voitures électriques que, par manque de constance dans nos choix, nous ne sommes plus en état de produire nous-mêmes.
Il y a un effet diplomatique ; et nous découvrons que nous sommes otages des producteurs de pétrole et des Etats qui les gouvernent. Ici aussi, le « moment Trump » est explicite, dans toute la crudité de ses déclarations qui montrent à quel point nous sommes soumis et devons obéir à des intérêts qui ne sont pas les nôtres.
Un effet écologique enfin, sur lequel il est inutile d’insister : nous l’avons traité dans de nombreux numéros de Royaliste[1]. Notons simplement que les efforts de réduction des GES ont été réduits à presque rien depuis des années, alors que le changement climatique est bien là, et que l’urgence, elle, est de plus en plus forte.
On le voit, l’indépendance énergétique (re)devient une priorité absolue dans tous les domaines. Certes, son parc nucléaire donne en partie cette indépendance à la France. Mais si les centrales nucléaires produisent 85 % de notre électricité, cela ne représente que 41 % de notre consommation totale, les énergies fossiles y contribuant pour une proportion égale (42 %), le reste (17 %) venant des énergies renouvelables. Nous vivons sur la lancée de la politique des années 1970, où déjà le nucléaire représentait la moitié de notre consommation. Depuis cette date, et malgré toutes ces leçons, la France s’est contentée de continuer sur son erre, sans politique de l’énergie revendiquée, mise à part une série de décisions hélas inconstantes sur la transition énergétique, qui ont toutefois permis à notre consommation primaire d’énergie de 2024 de revenir à son niveau de 1990. Or il n’y a que deux solutions réalistes pour garantir notre indépendance. Réduire notre consommation, c’est possible, nous venons de le dire ; mais ce n’est plus vraiment ce que l’on voit poindre, puisque nous devons réindustrialiser, et que l’IA, qui s’implante partout, est d’une gourmandise folle en électricité pour fonctionner et faire travailler ses « data centers ». Ou remplacer l’énergie thermique par l’électrique partout où cela est possible. Ce qui impose la construction de centrales nucléaires (mais les lieux de construction se font rares) ou à énergie renouvelable, quels que soient leurs défauts.
Cette nouvelle crise présente toutefois un avantage, par rapport aux précédentes, de toucher simultanément les quatre effets décrits. N’ayant pas été capables de réagir à chacun pris séparément, peut-être cette fois-ci serons-nous en mesure de nous reprendre et de relancer une vraie politique d’indépendance énergétique qui réponde à ces quatre exigences.
François GERLOTTO
[1] Voir Royaliste n° 1223, 1244, 1292, 1298, 1303, 1305, 1306
Editorial du numéro 1321 de « Royaliste » – 6 avril 2026
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