Toutes les professions qui assurent la vie de la nation dans l’ordinaire des jours et qui lui permettent d’affronter tant bien que mal la crise sanitaire, lancent des appels de détresse. Il ne s’agit plus de classiques mécontentements. L’ensemble des personnels de santé, les policiers, les magistrats, les enseignants disent qu’ils sont épuisés.

Telle est la part visible de la détresse sociale que les dirigeants du pays ont aggravée par le couplage de grandes réformes ultralibérales et de l’inertie imposée par l’austérité budgétaire. Or le gouvernement entend sans les écouter les alertes lancées par les médecins, lit sans réagir la pétition signée par des milliers de magistrats et a répondu par des mesures ponctuelles aux manifestations de l’ensemble des personnels de l’Education nationale, le 13 janvier…

Quant à l’état d’esprit de la nation, il faut aussi prendre en compte l’exaspération silencieuse de la haute fonction publique qui subit le processus de destruction délibérée de l’Etat et le désarroi de tout un personnel administratif en butte aux pesanteurs bureaucratiques, aux décisions aberrantes, aux circulaires contradictoires. S’y ajoutent les fatigues et les angoisses des classes moyennes et populaires précarisées et reléguées dans les périphéries, le désespoir muet des citoyens isolés et condamnés à la mort sociale, les dégâts psychiques engendrés par les confinements et par la gestion chaotique de la crise sanitaire – dans laquelle l’hystérie médiatique joue un rôle des plus pernicieux.

Il est vrai que le gouvernement a efficacement soutenu les entreprises et les salariés pendant les périodes de confinement et de couvre-feu, en reniant les préceptes du libéralisme économique. Mais le déroulement de la crise sanitaire souligne jour après jour le défaut général d’anticipation, qui se manifeste tout particulièrement à l’hôpital et dans les établissements d’enseignement. Les beaux discours sur “le jour d’après”, qui fleurissaient au printemps 2020, apparaissent tels qu’ils ont été conçus : des éléments de langage pour une communication de crise. Où sont les relocalisations décisives pour l’avenir de la nation ? Qu’en est-il de la reconquête de notre indépendance dans le domaine de la pharmacie ? Nous observons que l’ouverture de la SNCF à la concurrence n’a pas été remise en cause. Nous constatons que la France est obligée d’importer de l’électricité et que le gouvernement pousse EDF encore plus loin dans l’absurdité engendrée par le marché de l’électricité : non seulement EDF est obligé de vendre à très bas prix le quart de son électricité nucléaire à ses concurrents mais il lui faut maintenant augmenter de 20% cette vente à perte pour éviter la faillite des opérateurs privés !

Qu’il s’agisse de l’Accès régulé à l’électricité nucléaire historique (Arenh), de la contrainte monétaire, de la libre circulation des capitaux, du libre-échange ou de la circulaire “Travailleurs détachés”, tout est fait pour ruiner des secteurs entiers de notre économie sans que personne, parmi les éminences politiques, n’ose dénoncer les aberrations engendrées par les mécanismes de l’Union européenne.

Cette cécité volontaire est en elle-même un phénomène aberrant. La campagne présidentielle devrait être un moment privilégié du débat critique, en prélude à la promotion de nouveaux projets. Or les principaux candidats tiennent tous des discours aussi fuyants qu’inadéquats sur l’Union européenne. Jean-Luc Mélenchon se garde de toute radicalité en proposant d’opposer à Bruxelles des refus ponctuels. Marine Le Pen a cessé de préconiser la sortie de l’euro après son échec de 2017. Éric Zemmour suit ses obsessions en cultivant le mythe de la “guerre de civilisations”, sans plus se soucier des destructions et des souffrances que provoque la contrainte monétaire. Tout occupée à brandir le “karcher” à la manière de Nicolas Sarkozy, Valérie Pécresse n’envisage pas une seconde de contester quoi que ce soit dans le fonctionnement de l’Union européenne. Emmanuel Macron a démontré, depuis cinq ans, que ses slogans ne changeaient ni les structures ni les rapports de force dans une “construction européenne” vermoulue.

Ces constats d’une affligeante banalité signifient que les prochaines élections présidentielle et législatives n’auront qu’un seul effet : durcir à l’extrême les luttes sociales engendrées par la violence économique et monétaire. Le probable maintien en l’état du bloc oligarchique ou les légers remaniements que provoquerait l’élection de Valérie Pécresse viendront souligner une fois de plus et une fois de trop la sécession des élites et l’impasse populiste.

Il sera alors possible de présenter les objectifs et les moyens d’une politique de souveraineté tels qu’ils ont été depuis longtemps définis, en prenant acte de l’impuissance de l’ensemble de la classe politique. C’est dans les classes sociales et dans les groupes professionnels en lutte contre l’oligarchie que surgiront les citoyens capables de créer une nouvelle alternative politique en vue d’assurer la restauration de l’Etat et la souveraineté de la nation.

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Editorial du numéro 1226 de « Royaliste » – 17 janvier 2022